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Critique : « Le Passé » d’Asghar Farhadi

18 mai 2013 1 commentaire

ImageRévélé au grand public par le succès mondial de son précédent film lauréat du césar et de l’oscar du meilleur film étranger de 2012, Une Séparation, le réalisateur iranien Asghar Fahradi s’offre un retour marqué et marquant pour la première fois en compétition à Cannes avec « Le Passé », un film produit et interprété en français.

S’il reste en partie lié à l’Iran avec l’un de ses personnages principaux, Ahmad (Ali Mosaffa), qui revient de Téhéran 4 ans après avoir quitté sa compagne pour signer les papiers du divorce, c’est bel et bien dans la banlieue de Paris que va se jouer ce drame familial sous haute tension.

Marie (Bérénice Béjo), déjà mère de deux enfants, est en passe de se remarier avec Samir (Tahar Rahim), dont la femme est dans le coma suite à une tentative de suicide, et lui-même père d’un petit Fouad (génialement interprété par Elyes Aguis, un petit acteur qui deviendra grand). Vivant une situation compliquée, elle doit de plus faire face au comportement erratique de sa fille Lucie, qui n’accepte pas son nouveau compagnon.

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En installant son ex dans sa maison le temps de signer les papiers et de mettre définitivement à sa précédente histoire d’amour, le malaise ne peut que s’installer mais de cette situation forcément propice à la gêne, Farhadi met à mal les non-dits et révèle pas à pas les secrets qui empoisonnent cette famille en train de se recomposer (Marie est enceinte de Samir), liés à la tentative de suicide de la femme de Samir. Et si chacun reste d’une manière ou d’une autre accroché à son passé, Ahmad ayant du mal à tourner la page, Samir ne parvenant pas à faire le deuil de sa femme malgré tout encore vivante, Marie s’efforcera quand à elle de se tourner vers l’avenir en ignorant d’écouter les raisons qui ont poussé son ex à partir.

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Brillamment écrit, le scénario mêle habilement les thèmes du mensonge, de la culpabilité des remords et du deuil, en atteignant des sommets de tension dramatiques qui font presque verser le film dans le thriller ; et ce sans pour autant verser dans le démonstratif et l’excès. Il faut ainsi saluer la prestation, toute en force et en sobriété de Bérénice Bejo, qui confirme ici qu’elle est une véritable actrice, ainsi que celle de son partenaire iranien, Ali Mosaffa, impressionnant d’humanité. Une direction d’acteurs excellente qu’on ne peut que saluer en sachant que le metteur en scène ne parle pas du tout le français.

Avec Le Passé, Asgar Farhadi signe un film plein d’émotion, de suspense et d’intensité, captivant de bout en bout, dont la très jolie fin laissera une note d’espoir salutaire et réconfortante. Quelque chose me dit qu’il est bien parti dans la course à la palme.

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Critique : « Django Unchained » de Quentin Tarantino

24 janvier 2013 6 commentaires

20366454.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAprès avoir réécrit l’histoire à sa façon dans Inglourious Bastards, Quentin Tarantino renouvelle l’expérience avec un autre triste pan de notre passé et particulièrement des Etats-Unis, en abordant le thème de l’esclavage. L’histoire d’une revanche, celle de Django (Jamie Foxx), un esclave séparé de force de sa femme après une tentative d’évasion, dont la rencontre avec un chasseur de primes, Schultz (Christoph Waltz) va changer le destin. Un homme qui va le libérer après qu’il l’a aidé à retrouver trois malfrats dont la tête est mise à prix, et l’accompagner dans son projet visant à libérer sa femme, esclave appartenant à un vil cotonnier (Di Caprio) . C’est également pour Tarantino l’occasion de s’attaquer et de rendre hommage à un genre dont il a toujours été fan : le western spaghetti. Et avec quel talent !

Comme à son habitude, l’auteur de Pulp Fiction est allé puiser (piller pour ses détracteurs) dans de multiples références pour nous offrir une aventure de 2h45 où les genres se confondent (film d’action, western, buddy movie, love story) pendant laquelle on s’ennuie pas une seconde à la différence d’un The Master qui malgré sa maîtrise formelle n’évite pas l’ennui.

Enchaînant les séquences parfaitement dialoguées – une fois encore l’irrésistible Christoph Walz a été bien servi – et les scènes d’action avec une égale réussite, Quentin Tarantino orchestre un spectacle complètement jouissif et véritablement déchaîné. La violence est là encore, comme à l’accoutumée, omniprésente, mais l’amour aussi. Et bien que Broomhilda (la très belle Kerry Washington), la femme de Django, soit un peu en retrait, les retrouvailles entre l’esclave et sa « little troublemaker » ne peuvent que nous émouvoir. Est-il aussi besoin de préciser que la B.O. du film est encore une fois une véritable réussite et que Tarantino a le don de choisir une tracklist originale qui s’inscrit à merveille dans ce qu’il raconte ?

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Le film est également marqué par un humour ravageur qui permet à ses acteurs de s’en donner à coeur joie et de -il faut bien l’avouer – cabotiner un peu. Samuel L. Jackson est ainsi parfait en vieux majordome absolument ignoble, tout comme Leonardo DiCaprio qui trouve enfin un vrai rôle de méchant qui lui sied à ravir et lui permet d’exprimer tour à tour rage et folie. Django marque également la résurrection sur grand écran de Jamie Foxx, impeccable dans son rôle et d’une classe folle, qui se libère progressivement de ses chaînes au sens propre comme au figuré pour laisser à la fin exprimer toute sa rage dans une séquence d’anthologie. Le duo qu’il forme avec son mentor et libérateur King Schultz est lui aussi des plus réussis et l’alchimie entre ces deux personnages si différents fonctionnant à merveille.

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Django Unchained est aussi un film politique, qui malgré son caractère outrancier rappelle ce que fut l’esclavage, le sort réservé à ses victimes, et s’attaque au racisme virulent qui règnait et parfois règne toujours dans une partie des Etats-Unis (le Ku Klux Klan en prend d’ailleurs pour son grade dans une scène hilarante) – n’en déplaise à Spike Lee qui n’a même pas vu le film. De quoi ajouter une dimension supplémentaire à ce divertissement brillant et jubilatoire. Incontestablement l’un des films qui va marquer l’année. On en redemande !

Flop 10 des pires films de 2012

31 décembre 2012 2 commentaires

2012, année de la loose ? La fin du monde annoncée n’a finalement pas eu lieu, mais nous avons eu droit à quelques catastrophes cinématographiques au cours des 365 jours passés.

Après vous avoir livré mon top 10, voici un petit passage en revue du meilleur du pire, avec les 10 films que j’ai trouvés les plus ratés, ou décevants :

1. Hunger Games (Gary Ross) : un film hideux, réalisé avec les pieds, dont je m’étonne qu’il ait reçu autant de louanges de la part de la critique. Une adaptation d’un roman pour ados à succès qui plagie allègrement Battle Royale pour en faire une version édulcorée, invraisemblable et finalement bien peu subversive. Et interminable pour couronner le tout ! A éviter !

2. Resident Evil – Retribution (Paul W. S. Anderson) : un nanar qui aurait tout autant pu figurer en première place de ce flop 10 tant il était pénible à regarder. J’y suis allé pour le fun, or le film en était totalement dépourvu. Un enchaînement interminable de gunfights et d’explosions à vous filer une migraine pour dix jours (3D oblige). Une belle bouse…

3. Piégée (Steven Soderbergh) : Soderbergh signe son film ‘what the fuck’ de l’année et s’offre le luxe de convoquer un casting 4 étoiles pour un film de merde. Une pâle copie de la saga Jason Bourne au féminin, le scénario et l’inventivité en moins. Tout est dans la bande-annonce.

4.Piranha 3DD (John Gulager) : un nanar assumé, direct-to-DVD, qui fait suite au remake Piranha 3D réalisé par le français Alexandre Aja. Mais ni drôle, ni effrayant. Même le caméo de David Hasselhof est raté.

5. Looper (Rian Johnson) : Probablement l’imposture de l’année vu comment ce film a été survendu. Ce qu’on a vendu comme le nouveau phénomène SF de 2012 s’avère être une immense déception, la faute à un scénario bourré d’incohérences que l’odieux connard a fabuleusement recensé sur son blog, qui patine dès la première moitié du film. Et pourtant ça commençait plutôt pas mal. Une belle déception !

6. The Amazing Spiderman (Marc Webb) : Une seule question : pourquoi ? Pourquoi refaire un Spiderman seulement 10 ans après le premier, pour n’en changer que le méchant (bien raté d’ailleurs) et relancer une franchise en bout de course ? Je crois connaître la réponse ($$$)… Une chose est sûre, le résultat ne surpasse pas celui de l’original de Sam Raimi.

7. Associés contre le crime (Pascal Thomas) : j’avais plutôt bien aimé le tandem d’enquêteurs vieillots d’Agatha Christie, Prudence et Bélisaire Beresford, dans leurs aventures précédentes de Mon petit doigt m’a dit et du Crime est notre affaire. Malheureusement, leur troisième enquête, tentée de surnaturel, tombe complètement  côté de la plaque.

8. Bye bye Blondie (Virginie Despentes) : Une love story entre Béart et Dalle, deux anciens sex symbols, pourquoi pas ? Le problème c’est qu’on n’y croît pas une seconde et que le film est réalisé comme un téléfilm de France 2. Heureusement que la prestation de Clara Ponsot et Soko relève le niveau.

9. Prometheus (Ridley Scott) : Un film que j’attendais probablement trop et ne se révèle pas être à la hauteur de mes espérances, la faute à un scénario raté. Reste la scène de la césarienne et quelques séquences visuellement époustouflantes.

10. Blanche-Neige et le Chasseur : Une relecture sombre et féministe du conte qui malgré quelques qualités visuelles pêche clairement au niveau de son scénario et de son interprète principale, au charisme inexistant. Heureusement il y a Charlize.

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Top 10 des films de 2012

27 décembre 2012 2 commentaires

2012, c’est presque fini. L’occasion de jeter un petit coup d’oeil dans le rétro sur une année ciné assez riche et de vous proposer mon top 10, forcément très subjectif, des meilleurs films sortis ces douze derniers mois.

1. The Dark Knight Rises : Une conclusion parfaite à la trilogie Batman de Christopher Nolan, à la fois sombre et puissante. Ce dernier épisode a beau souffrir d’un bad guy moins génial que le Joker d’Heath Ledger, il n’en reste pas moins passionnant et impressionnante de maîtrise sur le fond et la forme. Du grand divertissement.

2. Le Hobbit : Un voyage inattendu. Malgré quelques longueurs dues à un scénario qui étire un peu artificiellement le matériau original du conte de Tolkien, Peter Jackson nous replonge avec plaisir en Terre du Milieu et nous offre ce qu’il faut de souffle épique et de nostalgie pour nous embarquer sans réserve dans cette aventure. Une double introduction à la trilogie du Hobbit et du Seigneur des Anneaux enlevée et très bien menée qui ne peut que nous donner envie de voir la suite prévue pour décembre 2013.

3. Skyfall : Sam Mendes signe son premier véritable blockbuster avec cet épisode qui marque les 50 ans de James Bond, et s’avère être probablement l’un des meilleurs de la saga. Entre grand spectacle et introspection, le réalisateur britannique confronte Bond à son passé et lui offre au passage un supplément d’âme salvateur. L’introduction, magnifiée par la chanson d’Adele, et la conclusion, stupéfiante de beauté formelle, ne peuvent que rester dans les esprits.

4. De Rouille et d’os : Jacques Audiard prouve une fois de plus, s’il en était besoin, qu’il est l’un des meilleurs auteurs français. En adaptant une nouvelle anglaise, Rust and Bone, il signe une oeuvre bouleversante et profondément humaine, une rencontre entre deux éclopés de la vie qui vont se sauver l’un l’autre. L’interprétation de Matthias Schoenharts et de Marion Cotillard, qui fera oublier sa piètre prestation de The Dark Knight Rises, est irréprochable.

5. Argo : Ben Affleck n’a pas joué que dans des chefs d’oeuvre, mais se révèle être un réalisateur très doué. Il le prouve avec cette histoire vraie, toute droit sortie des affaires déclassées de la CIA. Un film au suspense haletant, qui mêle dimension politique avec la crise des otages en Iran, et satirique sur le système hollywoodien, sans verser dans le manichéisme. Un thriller très efficace.

6. Avengers : Un pur concentré de fun et d’action brillamment orchestré par Joss Whedon, et un plaisir de gamin de voir réunis les héros de Marvel pour une baston intergalactique absolument démente. L’antithèse du Batman de Nolan, pour autant tout aussi plaisant à regarder.

7. Laurence Anyways : Pari osé que celui de Xavier Dolan, qui pour son troisième long métrage s’attaque à un film fleuve de 3 heures sur l’histoire d’amour impossible entre Fred (l’impressionnante Suzanne Clément) et Laurence (Melvil Poupaud), qui décide un beau jour de devenir une femme. Habité, porté par une BO et des plans superbes, Laurence Anyways est une vraie réussite.

8. Frankenweenie : On ne l’attendait presque plus tant il avait tendance à s’être perdu artistiquement le pourtant génial Tim Burton. Et pourtant, il signe avec Frankenweenie le film d’animation de l’année, sous forme de vibrant hommage aux films de monstres et d’horreur des années 30.

9. Ted : la comédie de l’année, irrévérencieuse, gentiment trash et complètement jubilatoire. Un ours en peluche qu’on adorerait avoir à ses côtés.

10. Dans la maison : un film à la fois drôle et inquiétant, au suspense très efficace, doublé d’une mise en abîme passionnante sur la création.

En bonus, un petit montage venu des US des films qui ont marqué l’année, parmi lesquels les français Amour et De Rouille et d’Os.

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Critique : « Ted » de Seth McFarlane

12 octobre 2012 2 commentaires

Le pitch avait de quoi laisser dubitatif : un trentenaire qui vit toujours avec son nounours Ted, doté de la parole suite à un vœu prononcé à l’âge de 8 ans par son propriétaire. On aurait même pu craindre un film tout plein de guimauve et de bons sentiments.

Mais, même si bons sentiments il y a, c’était sans connaître l’auteur de cette comédie irrévérencieuse. J’ai nommé Seth MacFarlane, créateur des séries animées Les Griffin ou encore American Dad, petits bijoux d’humour noir un peu trash, qui se glisse aussi sous la peau du personnage en lui prêtant ses gestes et sa voix.

Car Ted est tout sauf une comédie familiale. Il faut préciser que ce teddy bear, meilleur ami de John Bennett (Mark Wahlberg) depuis l’enfance, est à la fois pochtron, porté sur la beuh, les prostituées et les blagues bien sales. Pas facile dans ces conditions pour John de devenir adulte, coincé entre un job minable de loueur de bagnoles et un colocataire en peluche libidineux. Alors forcément, au bout d’un moment, sa petite amie Lori (Mila Kunis), qui aimerait bien que son mec grandisse, n’en peut plus. Un soir, alors que le couple était parti fêter ses 4 ans, ils retrouvent dans l’appartement Ted accompagné de 4 prostituées, dont l’une a osé poser sa pêche en plein milieu du salon. La goutte d’eau pour Lori qui somme son mec de virer Ted de leur appartement. John doit alors choisir entre bromance et romance, sorte de parabole sur l’entrée dans l’âge adulte.

L’une des principales réussites du film tient dans ce décalage fabuleux entre l’aspect trognon de l’ourson et son vocabulaire et comportement de charretier. Prétexte à de nombreux gags et scènes toutes plus hilarantes les unes que les autres, le postulat de départ est très bien exploité par MacFarlane qui ose faire faire et dire presque tout à Ted, avec un débit et un abattage impressionnant. Un côté trash et transgressif qui fait vraiment plaisir à voir, notamment quand on voit l’ours en peluche qui n’hésite pas à s’en prendre à un enfant tortionnaire en puissance. Il faut aussi saluer l’extra-ordinaire travail des animateurs et de Seth MacFarlane lui-même qui ont réussi à rendre crédible cet ours qui parle et qui vit, et qui nous ont également offert une scène de « bear-fight » tout simplement démente !

Plein de références à la culture pop des années 80, le film réveillera aussi sans mal une certaine nostalgie chez la génération des 25-35 ans, notamment grâce à une séquence déjà culte avec Sam Jones de la kitschissime série Flash Gordon. Si on pourra regretter au final le fait que le personnage de Mila Kunis soit un peu releguée au second plan et qu’on devine très bien comment tout va se finir (comme dans toute romcom), difficile de bouder son plaisir devant un film  aussi efficace, qui n’a pas volé son titre de comédie américaine de l’année.

 

Critique : « Killer Joe » de William Friedkin

15 septembre 2012 1 commentaire

Cinq ans après nous avoir bluffés avec « Bug », un huis-clos saisissant et anxiogène teinté d’une paranoïa poussée à son paroxysme, William Friedkin nous revient en grande forme avec « Killer Joe », adapté d’une pièce de la même auteure, Tracy Lepps. Un polar amoral et mordant dont les antihéros appartiennent à cette Amérique des laissés pour compte, membres d’une white trash family des plus déglinguées.

Le réalisateur de « L’Exorciste » nous met d’emblée dans l’ambiance. Chris (Emile Hirsch), un jeune dealer paumé frappe à la porte du mobile home de son père, Ansel (Thomas Jane), en pleine nuit, beuglant à tue-tête pour qu’on lui ouvre. Il est accueilli par sa belle-mère à demi nue peu embarrassée par la pubis, son pubis bien en vue. C’est clair, on est donc bien loin de 7 à la maison… D’autant plus que Chris vient rendre visite à son père avec des intentions pas très catholiques. Criblé de dettes, il entend engager un tueur à gages pour régler son compte à sa mère et empocher son assurance vie, dont il a appris que sa soeur Dottie (Juno Temple, merveilleusement décalée) était bénéficiaire.

Après s’être mis d’accord pour se partager les gains à quatre part égales,  en mettant la belle-mère chaudasse (Gina Gershon) dans le tableau, Chris et son père font alors appel à Joe (Matthew McConaughey), flic de son état et accessoirement tueur à gages pour dézinguer la daronne. Un personnage trouble et inquiétant qui exige de se faire payer d’avance avant de remplir toute prestation. La famille étant sans le sou, Killer Joe accepte de faire une entorse à sa règle à condition que lui soit offerte la vierge Dottie en tant que caution, ce que Chris et Ansel acceptent sans trop de scrupules…

Dans le rôle de cet homme trouble au charme vénéneux, Matthew McConaughey excelle et continue une belle reconversion dans des emplois plus profonds, débutée avec « La Défense Lincoln » et poursuivie il y a peu de temps avec « Magic Mike ». Tour à tour attirant et effrayant, il nous offre dans « Killer Joe » une de ses meilleures performances et impressionne.

« Killer Joe » est aussi un véritable film de genre qui prend aux tripes et fait monter la pression crescendo jusqu’à un final outrancier mais parfaitement marquant. Il faut aussi souligner l’intelligence et l’humour noir très présent qui fait aussi de ce film une farce grinçante qui écorne rageusement l’image de l’Amérique profonde. On aura beau reprocher à Friedkin ses personnages archétypaux de vierge sacrifiée (Dottie) et de pute machiavélique (la belle-mère), et le côté presque caricatural de l’ensemble, on ne pourra que s’incliner devant la maestria avec laquelle le réalisateur met en scène cette histoire sordide et inquiétante.

Critique : « Keep the lights on » d’Ira Sachs

28 août 2012 1 commentaire

affiche keep the lights on ira sachsLauréat du Teddy Award (le prix LGBT) du festival de Berlin, « Keep the lights on » raconte l’histoire d’amour passionnelle et douloureuse entre deux hommes dont l’un est en proie à l’addiction au crack. Le film s’inscrit dans la lignée de « Week end«  d’Andrew Haigh en s’écartant du thème du coming out et de l’acceptation de sa sexualité pour se concentrer sur la relation d’un couple, dans ses bons comme ses très mauvais moments.

Comme dans « Week end », d’ailleurs, tout commence par un coup d’un soir. Erik (Thure Lindhardt), réalisateur d’origine hollandaise de trente ans, cherche un plan cul sur un chat téléphonique et prend rendez-vous chez Paul (Zachary Booth, qui incarne le fils de Glenn Close dans la série Damages) dans son appartement de Manhattan. Après avoir fait l’amour, Paul prévient Erik qu’il ne doit pas s’attendre à plus car il a une petite amie. Et pourtant, cette nuit marque le début d’une relation qui va durer dix années, à partir de 1988.

Zachary Booth et Thure Lindhart dans "Keep the Lights on"

C’est à travers le point de vue d’Erik (ou du réalisateur Ira Sachs, le film étant très largement autobiographique) que l’on va ensuite suivre les différentes étapes de cette relation, entrecoupées d’ellipses, sur plusieurs années. Quand la passion du début laisse place à l’intrusion de la drogue et que Paul disparaît plusieurs jours sans donner trace de vie, le coup de foudre vire à la tragédie intime. Si l’on veut, comme le personnage principal, croire que Paul va s’en sortir, après de multiples promesses et une première cure de désintox, l’addiction semble toujours la plus forte. Finira-t-elle par avoir raison du couple, qui se sépare et se retrouve toujours, chacun étant aussi accro l’un à l’autre ? Erik aura-t-il la force de combattre le fléau qui ravage son couple et de soutenir son compagnon dans ses moments de déchéance les plus sordides ? Des questions qu’Erik ne cesse de se poser au fil du temps et au gré de ses propres errances, auxquelles on devine malheureusement la réponse.

Malgré les épreuves terribles que va connaître cet homme qui tente coûte que coûte de sauver son couple, le film offre aussi de véritables moments de grâce et d’amour partagés, d’autant plus cruels qu’ils sont toujours très éphémères. « Keep the lights on, I want to see you », lui-dit Paul quand ils se retrouvent au lit après des mois de séparation, car quoi qu’il ait pu se passer entre eux, le lien qui unit ces deux êtres est si fort qu’ils se connaissent par coeur et que le regard qu’ils portent l’un sur l’autre veut tout dire. D’où cette impression d’un immense gâchis.

Un film très personnel et véritablement touchant, grâce à l’interprétation à fleur de peau de ses deux acteurs principaux et à la mise en images soignée de son réalisateur, qui sait très bien mettre en valeur la beauté de ses acteurs.