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Archive for mars 2012

Critique : « Young Adult » de Jason Reitman

30 mars 2012 3 commentaires

En seulement trois films (« Thank you for smoking », « Juno » et « In the air »), Jason Reitman, fils d’Ivan, a réussi à se faire un prénom. Passé maître dans l’art de la comédie satirique après ces trois succès critiques et publics, son dernier opus « Young Adult » était plutôt attendu au tournant. D’autant plus qu’il a fait de nouveau appel à la scénariste star de son carton « Juno », Diablo Cody. Le résultat : une anti-comédie romantique acerbe qui offre à Charlize Theron un rôle en or, mais reste néanmoins en-dessous de ses précédentes.

« Young Adult » surprend par son thème original et son personnage principal tout simplement odieux. C’est un peu l’histoire d’une prom queen passée de l’état de star du lycée à celui de déchet en une quinzaine d’années. Charlize Theron incarne Mavis, une trentenaire divorcée qui a réussi en écrivant une série de livres pour ados (ou young adult selon le classement des libraires outre-atlantique) et vit désormais dans la « grande ville », Minneapolis en l’occurrence. Un beau matin, elle reçoit par mail un faire-part de naissance de la part de son ex du lycée, Buddy Slade (Patrick Wilson), qu’elle n’a pas vu depuis des années. S’étant mise en tête qu’il était l’homme de sa vie, elle décide de le reconquérir, faisant fi de son bambin et de son mariage heureux. Elle retourne donc à Mercury, le bled de son enfance afin de mettre son plan de briseuse de ménage à exécution.

L’actrice incarne à merveille ce personnage ambigu d’adulescente nostalgique qui s’aperçoit de la vacuité de sa vie présente, entre solitude et carrière en bout de course. La plupart du temps vêtue de vieux joggings et t-shirt Hello Kitty, quand elle ne joue pas à la star glamour pour séduire son ancien amant, Mavis voit dans son passé idéalisé l’espoir de jours meilleurs, et lutte envers et contre tous contre le destin. À la fois insupportable et attachante, elle noie son insécurité dans l’alcool et cache son mal-être derrière une attitude sur d’elle et méprisante, ce qui génère des séquences ultra grinçantes. Bien que ce retour en arrière soit un terrible échec, elle persiste jusqu’au bout dans le déni de réalité jusqu’à une scène qui atteint des sommets dans le genre « awkward », comme disent les ricains. Un personnage antipathique et pathétique du début à la fin, pour lequel on ne peut pas s’empêcher d’avoir de la pitié en dépit de sa profonde méchanceté grâce à l’immense talent de son interprète.

Le problème, c’est qu’à force d’être grinçant et misanthrope, le film s’enfonce dans la gravité et en devient quasiment dépressif, ce qui nous plombe joliment l’ambiance. On sourit plus qu’on ne rit et on a même plus souvent envie de pleurer tellement tout cela semble désespéré, à l’image de la quête de Mavis. On est loin du vent de  légèreté qui soufflait sur « Juno », par exemple. Un film beaucoup plus amer que doux, donc.

« The Dark Knight Rises » : la bande-annonce façon LEGO

29 mars 2012 1 commentaire

Pour ceux qui comme moi sont très impatients de voir la conclusion de Christopher Nolan à sa trilogie Batman : « The Dark Knight Rises », voici une petite pépite pour patienter avant la sortie du film le 25 juillet prochain. La bande-annonce version longue entièrement réalisée avec des Lego, calquant plan par plan l’original.

Un résultat stupéfiant ! Fallait y penser…

La bande-annonce originale ci-dessous pour comparer.

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Critique : « Week-end » d’Andrew Haigh

28 mars 2012 4 commentaires

Présenté il y a quelques mois au festival du film LGBT de Paris « Chéries-Chéris », le très joli film « Week-end » du réalisateur britannique Andrew Haigh bénéficie enfin d’une sortie dans les salles françaises. Il raconte l’histoire d’une rencontre amoureuse fugace entre deux hommes qui vont apprendre à se connaître et développer des sentiments l’un pour l’autre en l’espace de deux jours. Le temps d’un week-end, donc. Mais plus qu’une simple histoire d’amour homo, le film explore avec justesse et réalisme le thème de l’amour naissant.

Entre Russel et Glen, tout commence comme une banale histoire d’un soir. Après une soirée arrosée avec ses amis hétéros, Russel rejoint un bar gay et finit la nuit avec Glen, un mec qu’il pense « trop bien pour lui » mais qu’il invite tout de même dans son appartement. De cette première nuit à deux rien ne sera montré. Mais au réveil, Glen interroge Russel sur l’oreiller sur ses impressions par rapport à leur rencontre et leurs premiers ébats, dictaphone en main, comme il le fait avec tous ses amants dans le cadre d’un projet artistique.

Une introduction inattendue à leur histoire à peine débutée que les amants commentent déjà, et qui va créer une complicité quasi immédiate entre ces deux hommes qui ne connaissent rien l’un de l’autre. Alors que les deux hommes se découvrent au fur et à mesure que les heures passent et qu’ils se dévoilent progressivement, Glenn avoue tardivement à Russel qu’il quittera l’Angleterre pour les Etats-Unis à la fin du week-end. Leur amour naissant devenu de plus en plus évident se voit alors déjà condamné et le compte à rebours commence, bouleversant.

Il ne se passe pas grand chose dans cette histoire, très simple, constituée essentiellement de dialogues entre ces deux amants. Mais elle parvient à en dire beaucoup sur ce que c’est que d’être un homo aujourd’hui, grâce à des personnages archétypaux mais pas stéréotypés. Russel, homo discret plus ou moins assumé, veut croire en une véritable histoire d’amour, tandis que Glen, beaucoup plus « out » entend s’amuser et collectionner les amants après une rupture difficile.

À travers leur regard et les expériences qu’ils se racontent, ces deux amants évoquent avec sincérité et vérité ce qu’on peut ressentir en tant que gay dans la société actuelle, où les obstacles restent présents pour les couples homos. Entre visibilité accrue et intolérance toujours persistance, pas toujours facile de s’afficher dans la rue avec celui qu’on aime, de s’imaginer fonder une famille, d’être confronté à la discrimination. Autant de sujets touchés du doigt au détour d’une conversation qui apportent aussi à cette histoire d’amour une tonalité politique.

Et au-delà du thème de l’homosexualité, tout le monde pourra s’identifier à cette histoire qui parle avant tout avec tendresse et subtilité de la naissance des sentiments amoureux et d’une intimité touchante entre deux êtres. Comme le dit le réalisateur, « Week-end » a un sujet simple et universel : « comment rencontrer quelqu’un, le découvrir, peut-être faire un bout de chemin avec lui ». Les deux interprètes principaux, Tom Cullen et Chris New, sont pour beaucoup dans la réussite de ce film, impressionnants de justesse et d’émotion. Il existe entre eux une véritable alchimie qui rend leur love story extrêmement crédible, au contraire d’un autre couple homo vu récemment, celui de Béart et Dalle dans Bye-Bye Blondie. Leur performance à elle seule vaut le coup de se déplacer.

Un film poignant à ne pas rater.

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Photo : Ryan Gosling salement amoché dans « Only God Forgives »

28 mars 2012 2 commentaires

Yahoo! Movies vient de dévoiler une nouvelle photo de tournage de « Only God Forgives », le prochain film de Nicolas Winding Refn, dans laquelle on découvre un Ryan Gosling battu, le visage bouffi et ensanglanté.

Ce thriller réunit pour la seconde fois le réalisateur danois et la star hollywoodienne, après l’énorme succès de « Drive » l’année dernière. Kristin Scott Thomas et Tom Burke seront aussi de la partie pour ce film dans lequel Gosling incarne Julian, un ancien kickboxer et gangster vivant à Bangkok. Quand son frère est assassiné par un lieutenant Thaï sans scrupule, il décide de se venger au péril de sa vie.

On peut encore s’attendre à un film assez violent…

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Ryan Gosling sur le plateau de "Only God Forgives"

Critique : « Les adieux à la Reine » de Benoît Jacquot

26 mars 2012 Laisser un commentaire

Adapté du roman éponyme de Chantal Thomas, « Les adieux à la Reine » se déroule pendant les dernières heures de la monarchie et se focalise sur le personnage fictif de Sidonie Laborde (Léa Seydoux), la lectrice de Marie-Antoinette. Construit comme un huis clos à l’intérieur du Château de Versailles dans lequel chaque scène est vue à travers son regard, le film retrace les 4 jours consécutifs à la prise de la Bastille et le bouleversement que cela y engendre. Un parti pris de mise en scène original et passionnant qui permet de placer Sidonie et le spectateur en observateur privilégié du fascinant petit monde versaillais et de sa cour, vu de l’intérieur.

On suit en effet Sidonie à travers les chambres miteuses des servantes, dans la cave qui leur sert de salle à manger, qui n’en remonte la plupart du temps que pour se rendre dans la chambre de la reine et lui lire les ouvrages qu’elle a sélectionnés pour elle. On est témoin de l’agitation qui secoue le château, notamment lors d’un excellent plan séquence de nuit où la fourmilière de la cour prend peur à la découverte de la liste des têtes à couper, alors que la rumeur gronde à l’extérieur.

Le château devient alors un personnage à part entière, magnifié par la caméra de Benoît Jacquot qui nous offre une très belle reconstitution entre ombre et lumière, des décors aux costumes en passant par les éclairages naturels ou à la bougie. Au fur et à mesure que les heures passent, la tension devient de plus en plus palpable, et envahit chaque scène. Benoît Jacquot y réunit également une cour de seconds rôles excellents. Parmi les plus marquants, on retiendra Noémie Lvovsky, en femme à tout faire de la Reine, Julie-Marie Parmentier, en servante indiscrète, Xavier Beauvois en Louis XIV qui sait rester digne, ou encore Michel Robin, dans le rôle du vieux bibliothécaire bouleversé par les événements.

À travers cette histoire de fin de règne, « Les adieux à la Reine » propose trois portraits de femmes qui prennent la forme d’un triangle amoureux : la lectrice, la Reine et sa favorite. Cette servante dont on ne sait rien, en premier lieu, qui semble vivre sa vie par procuration, toute fascinée et obsédée qu’elle est pour la reine. Elle n’existe qu’à travers elle et comme elle le dira à la fin du film, « bientôt je ne serai plus rien ». Léa Seydoux lui prête sa jeunesse et sa naïveté, femme de l’ombre souvent antipathique à force d’obsession pour son idole.

Marie-Antoinette (Diane Kruger), que l’on voit à chaque fois à travers les yeux de Sidonie, apparaît elle comme une reine cyclothymique qui peut se montrer aussi bien compatissante et amicale envers sa lectrice et son entourage que condescendante et tyrannique. Malgré les humiliations qu’elle lui fait subir, Sidonie conservera pour elle un dévouement (voire une dévotion) total, un amour inconditionnel et unilatéral. La Reine, en effet, ne la voit souvent pas, comme dans une scène où Sidonie se tient en retrait ou derrière elle la nuit où elle prépare son départ pour Metz.

Elle n’a d’yeux que pour la duchesse de Polignac (Virginie Ledoyen), sa favorite imbuvable qu’elle aime plus que tout, et qui n’hésitera pas une seconde à l’abandonner à son sort, préférant fuir en Suisse que de rester auprès d’elle alors que les têtes s’apprêtent à tomber. Un amour pour lequel Sidonie acceptera au final de se sacrifier lors d’une ultime humiliation, car elle ne peut « rien refuser » à la reine.

« Les adieux à la Reine » est un drame brillant et moderne sur la fin d’une époque, où se mêlent tension, passion et érotisme, et qui n’épargne rien aux femmes qui en sont les héroïnes. Merci à Benoît Jacquot de m’avoir réconcilié avec Marie-Antoinette au cinéma. Là où Sophia Coppola m’avait laissé complètement dubitatif devant sa version anachronique et esthétisante de la Reine au destin tragique, le réalisateur de « La fille seule » livre un film beaucoup plus intéressant et captivant de bout en bout, où il démontre une fois encore son talent pour le portrait de femmes.


Critique : « Hunger Games » de Gary Ross

23 mars 2012 4 commentaires

J’aurais dû me méfier. Quand on compare un film à « Twilight », même pour dire qu’il le surpasse et qu’il est beaucoup plus adulte, ça sent pas bon. Eh oui, pas vraiment difficile de faire mieux que « Twilight », me direz vous avec justesse. Je me suis pourtant laissé convaincre par les critiques quasi unanimes qui faisaient de ce film un divertissement politique et intelligent.

« Hunger Games » c’est donc LA nouvelle adaptation d’une série littéraire à succès pour ados en mal de sensations, après « Harry Potter » et les niaiseries vampirico-romantiques de Stéphanie Meyer. N’ayant pas lu les livres de Suzanne Collins dont le film de Gary Ross est tiré, je m’abstiendrai d’en analyser les correspondances, d’autres l’ayant déjà fait tout en saluant sa fidélité au matériau original.

Contre-utopie faisant des Etats-Unis un pays baptisé Panem, où la population est divisée en 12 districts, le film raconte les « Jeux de la Faim » qui y sont organisés chaque année, une sorte de mix entre Battle Royale et Secret Story…. Le principe : chaque district fournit deux « tributs », un et une adolescente de 12 à 18 ans tirés au sort, soit 24 teenagers qui devront s’affronter dans une lutte à mort dans une « arène ». Un jeu filmé 24 heures sur 24 et retransmis en direct au peuple qui réclame du sang et des jeux, créé après une révolte pour faire comprendre au peuple qu’il valait mieux qu’il se tienne tranquille, mais à qui on laisse quand même un brin d’espoir. Eh oui, comme dans Highlander, à la fin, il ne pourra en rester qu’un. Nos petits amis ont donc une chance sur 24 de s’en sortir. Je ne comprends pas bien comment un jeu aussi injuste et cruel est censé brider les velléités révolutionnaires d’un peuple opprimé, mais bon.

Le film débute dans le district 12, celui des ploucs, et se focalise sur le personnage de Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence). Une fille courage de 16 ans sur laquelle sa mère incapable et sa petite soeur « Prime », maniaco-dépressive, comptent beaucoup, puisqu’étant sans ressources c’est la seule à ramener des écureuils au dîner. Cette belle Diane chasseresse est effectivement très douée au tir à l’arc, ce qui lui sera fort utile par la suite.

Après avoir fait connaissance avec elle et son meilleur ami, le bellâtre Liam Hemsworth, arrivent au district les représentants des Hunger Games pour le tirage au sort des deux tributs. Pas de bol, Elizabeth Banks, fardée à mort et méconnaissable dans son costume ridicule à la Mozart l’Opéra rock, tire la petite soeur de son chapeau. Je vous laisse imaginer sa terreur. Ni une ni deux, sa grande soeur Katniss se porte alors volontaire pour prendre sa place. Vient ensuite le tour du garçon, j’ai nommé Pita, le fils du boulanger facétieux qui a affublé son fils d’un nom de pain.

Nos deux nouveaux amis vont alors être emmenés au Capitole, l’endroit féérique où vivent les riches du pays, pour être coachés avant que la fête commence. Dans le TGV qui les y transporte, ils rencontrent leur mentor, Woody Harrelson, ancien winner des Hunger Games, qui est bien sûr devenu alcoolique et barbu avec des cheveux longs. Et c’est là où les choses commencent sérieusement à faire peine à voir. Le directeur artistique a fait le pari audacieux de faire de ce cette ville et des ses riches habitants les incarnations parfaites du mauvais goût. Costumes pailletés fluos, bouc taillé en vaguelettes pour le producteur du show, robe à flamme pour l’héroïne lorsqu’elle est présentée au public, perruque bleue du présentateur au sourire Colgate qui surjoue (Stanley Tucci). J’ai rarement vu une telle surenchère dans la laideur des décors et des costumes. Notons que Lenny Kravitz tente une reconversion en tant qu’acteur dans le rôle du styliste des deux ados, et qu’il n’aurait pas dû.

Je passe la séquence de l’entraînement où notre héroïne épate ses sponsors potentiels avec son arc et une flèche, et bien plus risible, la scène où son ami Pita montre sa force en lançant très loin une très très grosse boule. On découvre rapidement les concurrents dont le principal, ultrastéréotypé Kato, et on en arrive – enfin – aux Jeux en eux-même, au bout d’une bonne heure. La caméra tremblant du début à la fin, le massacre initial reste suggéré avec quelques jets de sang. Mais un peu d’action, ça ne fait pas de mal, et certaines mises à mort sont assez originales. Pendant une heure encore, on suit la belle héroïne en forêt face à ses adversaires et à son nouvel amoureux Pita (le charisme d’une endive), ce qui donne lieu à des répliques affligeantes de niaiserie entre les deux amants, jusqu’à un final vaguement subversif au happy end attendu.

En résumé, Hunger Games est très (trop) long, très mal rythmé, souvent hideux, et réalisé avec les pieds. S’il faut quand même reconnaître à son interprète principale un certain charisme et des qualités d’interprétation, ça n’a pas suffi à me captiver sur plus de heures, et j’ai bien failli partir avant la fin.

Critique : « Bye Bye Blondie » de Virginie Despentes

19 mars 2012 Laisser un commentaire

Un peu plus de dix ans après « Baise-moi », Virginie Despentes revient avec un nouveau film adapté d’un ses livres : « Bye Bye Blondie », une love story saphique un peu punk et bien moins sulfureuse et trash que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Le pitch ? Dans les années 80, Gloria, punkette incomprise par ses parents, fait la rencontre de Frances, jeune bourgeoise rebelle, dans un hôpital psychiatrique. Les deux adolescentes tombent amoureuses, vivent leur amour comme elles l’entendent le temps de leur séjour, avant que la vie ne se charge de les séparer. Vingt ans plus tard, Frances, devenue animatrice de télé célèbre, revient chercher Gloria, qui a suivi un tout autre chemin. Une romance hétérosexuelle dans le roman éponyme (Frances s’appelait Éric), que Despentes, lesbienne depuis ses 35 ans, a transposé en une histoire d’amour entre deux femmes après que Béatrice Dalle, qui interprète Gloria, lui en a soumit l’idée.

Mais, chose rare et à saluer, l’orientation sexuelle des deux héroïnes n’est pas ici centrale dans l’intrigue, puisque c’est avant tout une histoire d’amour tout court que Virginie Despentes raconte. Construit sur une série de flashbacks censés nous faire comprendre comment le passé et le présent s’imbriquent dans leur histoire, le film débute par les retrouvailles entre ces deux femmes que désormais tout oppose. Et Despentes ne nous épargne aucun cliché. Gloria, devenue rmiste, balance par la fenêtre tout un tas d’affaires après avoir quitté son mec, et rejoint un squat où ses amis regardent et commentent l’émission de télé littéraire de Frances Muir, la nouvelle star du PAF. Elle est donc forcément trop « belle » et « intelligente ». Pas au goût de Gloria qui prend plaisir à la dénigrer, et là, comme par enchantement, la star de la télé apparaît en vrai devant elle et ses amis. Eh oui, de passage à Nancy, elle a décidé de faire un coucou à son ancien amour SDF qu’elle n’a pas vu depuis des années, pour lui proposer de venir en vacances quinze jours avec elle tous frais payés. Imaginez la surprise des potes de Gloria…

Ça commence donc très mal avec une réalisation digne d’un téléfilm pour France 3. Ce qui est gênant également, c’est que Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart ont bien du mal à nous faire croire à leur passion et leur amour inconditionnel. Heureusement, ce n’est pas le cas des deux actrices qui les incarnent adolescentes : la chanteuse Soko interprète avec beaucoup de justesse la jeune Gloria, écorché vive et habitée par cet esprit punk qui fait défaut à la partie années 2000. Clara Ponsot, vue récemment en Lolita dans « les Infidèles », est également impeccable dans le rôle de Frances adolescente, une petite butch grande gueule, tiraillée entre son milieu bourgeois et le chemin qu’il lui impose, et sa fascination pour le côté libre et punk de son amante. À travers la plupart des flashbacks, ces deux là expriment beaucoup mieux la passion entre leurs personnages que leurs aînées, et cet esprit de révolte que le film revendique.

photo de Clara Ponsot et Soko s'embrassant

Clara Ponsot & Soko

En ce qui concerne les scènes contemporaines, le choc des cultures attendu entre Gloria, la marginale avinée et le microcosme médiatico-littéraire parisien, qui rappelle l’histoire personnelle de Despentes, est aussi assez décevant. On sourit parfois quand elle se frite avec le mari de Frances (Pascal Greggory) avec qui elle doit cohabiter (à l’étage du dessus), écrivain gay en panne d’inspiration qu’elle a épousé tant pour les convenances pour que donner un coup de pouce à sa carrière. Mais, c’est encore une fois souvent le côté cliché qui ressort de la plupart des scènes : l’animatrice a forcément un chauffeur qui conduit une jaguar, le monde des médias dans lequel elle évolue est forcément un « univers impitoyable » où l’hypocrisie règne, etc. Et quand Frances laisse enfin Gloria l’accompagner dans une soirée mondaine, cette marginale ne peut bien sûr pas s’empêcher de faire un scandale – sorti de nulle part mais qu’il fallait bien qu’elle fasse pour souligner cette opposition entre deux univers que tout oppose.

Avec le temps, tout fout le camp

Là où le film et ses deux interprètes convainquent plus, c’est lorsqu’elles rompent à nouveau dans une boîte lesbienne où un groupe reprend « Avec le temps » de Léo Ferré. Une chanson et des paroles qui correspondent bien à leur histoire d’amour qu’à ce que le temps a fait de ces deux femmes. Il est loin le temps de « Manon des sources » et de « 37°2 le matin » : sex symbols des années 80, Béart et Dalle ont vu se faner leur beauté. Elles sont donc bien choisies pour jouer ces personnages marqués par la vie à qui il ne reste aujourd’hui plus que cet amour indéfectible. Car même si tout les oppose, Virginie Despentes offre à ses héroïnes un happy end improbable auquel on a tout de même envie de croire.