Archive

Archive for novembre 2012

Critique : « Populaire » de Régis Roinsard

30 novembre 2012 2 commentaires

affiche populaireEn 1958, Rose Pamphyle (Déborah François), belle et jeune demoiselle de 21 ans, rêve de quitter le bazar de son père et sa petite ville de Normandie pour Lisieux. Pour satisfaire à son besoin d’émancipation, elle entreprend de devenir secrétaire, et postule chez Louis Echard (Romain Duris) un petit assureur provincial. Pour elle, devenir secrétaire est le rêve de toute jeune fille de son temps, car « c’est moderne, c’est rencontrer un tas de gens, faire le tour le monde, travailler pour de grands hommes ».

Le problème, c’est qu’elle n’est vraiment pas faite pour ça. La seule chose pour laquelle elle soit vraiment douée, c’est taper vite, très vite à la machine à écrire, et c’est d’ailleurs uniquement grâce à ce don qu’elle parvient à se fait embaucher. Car son nouveau patron a une drôle d’idée en tête, la faire participer au championnat de vitesse dactylographique, et la faire gagner ! Pour ce faire, il l’installe dans sa grande maison en secret et la fait trimer jour et nuit pour faire d’elle une véritable star de la machine à écrire.

déborah françois populairembre-Populaire-Les-Cinq-Legendes-et-Rebelle_portrait_w532Un point de départ incongru et plutôt casse-gueule pour un premier film. Et pourtant ça fonctionne parfaitement, grâce à une ambiance légère et colorée à mi-chemin entre l’univers de Potiche et celui de la série Mad Men, une fantaisie omniprésente qui laisse également place à l’émotion. Déborah François, ravissante et lumineuse, y est pour beaucoup. Maladroite, tour à tour pleine de doute ou farouchement déterminée, elle se laisse manipuler par son coach et patron duquel elle tombe, forcément, amoureuse.

Impossible de résister au charme de cette jeune femme féministe avant l’heure, pour le spectateur autant que pour celui qui incarne son employeur. Romain Duris, qui a rencontré l’entraîneur de l’US Quevilly pour s’imprégner de son rôle de coach, est lui aussi assez inspiré et souvent plutôt touchant lorsqu’on en apprend un peu plus sur son passé et les traumatismes de la guerre, achevée depuis peu. La relation qu’il entretient avec son amie d’enfance et ex future fiancée (Bérénice Béjo), est à ce titre émouvante. Bref, après l’Arnacoeur, Duris semble bien parti pour s’imposer comme une valeur sûre de la comédie romantique.

deborah-francois-populaire_referenceSi le dénouement est bien sûr très attendu, comme le genre l’oblige, Régis Roinsart parvient à insuffler un ton enlevé et une originalité salutaires à ce film. Esthétiquement très réussie et très bien dialoguée, la reconstitution s’avère tout à fait remarquable, que ce soit à travers ses décors, ses costumes, sa musique ou dans les thèmes abordés.Même les scènes de concours de vitesse à la machine, qu’on imagine difficilement excitantes, deviennent spectaculaires grâce à une caméra virevoltante et des feuilles de papier volantes, ce qui n’a rien d’évident. Populaire, le film l’est incontestablement et dans le bon sens du terme. Fait pour plaire au plus grand nombre, il ne prend pas pour autant le spectateur pour un imbécile et lui offre un spectacle presque sans temps mort et d’une modernité rafraîchissante pour un film classé vintage. Un divertissement vivement recommandé.

Critique : « Frankenweenie » de Tim Burton

2 novembre 2012 Laisser un commentaire

Tim Burton s’était un peu perdu ces dernières années avec des films oubliables voire ratés, si bien qu’après quelques années d’errance artistique on ne l’attendait presque plus. Et si son précédent film, Dark Shadows, sorti il y a quelques mois, relevait le niveau, c’est avec « Frankenweenie » qu’il revient – enfin – à son meilleur. Alors, comme d’habitude, on pourra lui reprocher de « faire du Burton », mais c’est encore ce qu’il fait le mieux. En transformant son propre court métrage « live » du même nom, tourné pour Disney en 1984, en un long métrage d’animation en motion capture et en noir et blanc, il effectue un retour aux sources salvateur en rendant hommage à tous les films qui ont participé à construire son univers : des films d’horreur d’Universal des années 30 (Frankenstein et sa fiancée, l’Homme Invisible, la Momie..) à ceux des studios Hammer en passant par les films de monstre à la Godzilla.

L’histoire de Frankenweenie, c’est celle de Victor Frankenstein, un jeune garçon un peu lunaire et sans autre ami que son chien, Sparky, qu’il met en scène dans des petits films de monstres faits à la maison – une séquence d’introduction qui à elle seule vaut le déplacement tant elle est pleine de bouts de ficelles et d’inspiration. Victor vit avec ses parents à New Holland, une ville de banlieue qui n’est pas sans rappeler celle d’Edward aux Mains d’argent, et qui renvoie là encore à l’histoire de Burton lui-même et à son enfance passée à Burbank. Le jour où son chien meurt, le jeune Victor, comme son illustre homonyme, décide de ramener l’animal à la vie un soir d’orage grâce à un ingénieux dispositif et quelques éclairs. Et ça marche ! « Your dog is alive, aliiiive » lui lance un vil camarade de classe qui a découvert le pot aux roses et entend se servir de cette découverte pour gagner le concours de science organisé par leur étrange professeur. Sparky, à l’image du célèbre monstre de Frankenstein, couvert de coutures, deux gros boulons à son cou, va alors dynamiter la tranquille petite bourgade et ses habitants, comme d’habitude chez Burton très enclins aux jugements hâtifs.

Si le scénario de John  August sert surtout de prétexte à de multiples clins d’oeil en faisant ressusciter les monstres de tous ces vieux films qui ont donné leur inspiration à Burton, le réalisateur le fait ici avec une maîtrise formelle remarquable, avec des plans et des décors travaillés dans les moindres détails. Le character design et l’animation des marionnettes est notamment très réussi, et bien évidemment très référencé (on retrouve chez les camarades de Victor un simili Boris Karloff, un Quasimodo, une petite fille étrange qui rappelle celle de ses poèmes illustrés, et une Winona Ryder qui prête sa voix à son propre avatar en pâte à modeler).

Et tout cela dans un rythme sans aucun temps mort, qui nous trimballe entre rires et (gentil) effroi – ça reste un film pour enfants – jusqu’à un bouquet final de monstres relâchés et de villageois enragés qui boucle en beauté ce vibrant hommage au cinéma d’épouvante d’antan.

Avec Frankenweenie, c’est un peu aussi son cinéma que Tim Burton ressuscite, et ça fait très plaisir à voir !