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Critique : « Boyhood » de Richard Linklater

30 juillet 2014 2 commentaires

BoyhoodTrès remarqué au dernier festival de Sundance et auréolé d’un Ours d’Argent à celui de Berlin, Boyhood de l’américain Richard Linklater (Rock Academy, A Scanner Darkly…) débarque – enfin – sur nos écrans.

Car il aura fallu pas moins de 12 ans avant que s’achève la production de ce film, qui retrace le parcours d’un enfant, depuis ses 6 ans jusqu’au seuil de l’âge adulte. Un projet unique en son genre pour lequel le réalisateur de la trilogie des Before (- Sunrise, Sunset et Midnight), obsessionnel du temps qui passe, a réuni pendant quelques jours de tournage, une fois par an, ses acteurs devant sa caméra. Et qui à l’instar de ces trois longs métrage suit les mêmes personnages à différentes époques de leur vie.

 

Boyhood relate l’enfance et l’histoire, banale ou universelle, d’un jeune texan prénommé Mason (Ellar Colltrane, 20 ans aujourd’hui), de son enfance jusqu’à son entrée à l’université, entouré de sa famille tantôt monoparentale (au début du film, le père, interprété par Ethan Hawke, a déjà quitté la mère de Mason – Patricia Arquette ), tantôt recomposée, alors que l’on voit défiler les années sur le visage de ces acteurs, sans artifice. Un petit courage qu’il est donc bon de saluer, car la marque du temps ne leur fait pas de cadeau.

Au fil du temps, on voit donc le gamin se métamorphoser sous nos yeux et son interprétation comme son corps évoluer, laissant une impression de réalisme totalement singulière qu’aucun trucage n’aurait pu provoquer.

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Mais au-delà du simple dispositif, Linklater réussit à peindre cette fresque d’une vie de famille américaine en évitant les figures imposées par ce genre d’exercice. Pas de premier baiser, première expérience sexuelle ou bal de promo donc. C’est dans le quotidien que le réalisateur puise son inspiration, et les scènes qu’il égraine et disperse année par année s’enchaînent avec une surprenante fluidité, si bien que c’est souvent l’unique changement des corps ou des coupes de cheveux qui nous indique un saut dans le temps. Un quotidien pas toujours rose avec une mère célibataire qui élève seule ses deux enfants avant d’enchaîner les remariages foireux, mais dégageant constamment une espèce de vérité qui nous fait nous identifier aux membres de cette famille, à différentes étapes de leur vie.

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On pourra donc aisément lui reprocher un certain manque de propos, voire une extrême trivialité dans l’histoire qu’il nous raconte sur près de 3 heures. Car oui, il ne se passe pas grand chose, et cette longue bobine est principalement remplie par des scènes de dialogue dont le réalisateur est incontestablement maître (il l’avait déjà montrée avec brio dans les Before).

Et pourtant, grâce au charme naturel des acteurs, de sa révélation Ellar Coltrane à la toujours aussi classe Patricia Arquette, au naturalisme inédit et à une façon brillante de sublimer l’ordinaire, Boyhood a vraiment tout d’un classique instantané.