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Archive for février 2013

Critique express : « 7 Psychopathes » de Martin McDonagh

17 février 2013 3 commentaires

20399991.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxA Los Angeles, Martin, un scénariste irlandais – donc alcoolique – en pleine panne d’inspiration (Colin Farrel) tente d’écrire le script d’un film intitulé « 7 psychopathes ». Pas facile quand on a l’esprit autant embrumé et qu’on n’arrive même pas à se rappeler qu’on vient de se faire larguer par sa petite amie. Son meilleur pote acteur (Sam Rockwell) décide de l’aider et kidnappe le shi-tsu d’un gangster à la petite semaine (Woody Harrelson), et l’embarque alors contre son gré dans un e histoire complètement barrée à la rencontre de ces 7 tarés réels ou fictifs, parmi lesquels un prêtre vietcong ou un vieux quaker vengeur (Christopher Walken). Voilà le point de départ du second long métrage de Martin McDonagh, à qui l’on doit l’excellent et bien plus original Bons baisers de Bruges.

Si les références que le dramaturge et cinéaste a convoqué ici sont plutôt sympathiques, avec un mélange d’influences Tarantino / frères Cohen, son film est finalement bien trop foutraque et poussif pour emporter l’adhésion, et ne se révèle pas à la hauteur de ses modèles. Fort heureusement, certains dialogues sont bien sentis, et les acteurs donnent joyeusement de leur personne (mention spéciale à Sam Rockwell, très en fort et parfaitement taré), mais le tout manque de rythme et de cohérence. Et même si ce parti pris est clairement revendiqué, le réalisateur cherchant à déranger les repères du spectateur dans une mise en abîme plutôt originale, la mayonnaise ne prend pas.

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J’en retiendrai quelques séquences plutôt drôles ou efficaces, notamment dans les portraits des psychopathes, et quelques jolis plans dans un épilogue en plein désert, mais je m’attendais à beaucoup mieux de la part de l’auteur d’In Bruges. McDonagh semble avoir oublié que les personnages seuls ne font pas l’histoire et qu’un semblant de scénario aurait été apprécié. Une petite déception…

Critique : « Lincoln » de Steven Spielberg

5 février 2013 1 commentaire

imagesChef d’oeuvre inoubliable ou pensum soporifique ? Voilà qui résume les deux opinions très tranchées que l’on peut lire ça et là chez la plupart des critiques ciné (qui sont tout de même pour la plupart dithyrambiques) à propos du 27ème long métrage de Steven Spielberg. Après avoir évoqué la Première Guerre Mondiale à travers les yeux d’un Cheval de Guerre, le réalisateur qu’on ne présente plus a cette fois-ci choisi de s’intéresser à l’un des présidents les plus emblématiques de son pays, Abraham Lincoln. Pour ma part, si cette évocation de l’abolition de l’esclavage au pays de l’oncle Sam n’est pas exempte de défauts, notamment dans l’académisme de la mise en scène et la longueur d’un récit souvent très (trop ?) technique, Spielberg parvient néanmoins à éviter la plupart des écueils des grands biopics et à aborder avec une sobriété qui lui est peu coutumière un épisode marquant de l’histoire des Etats-Unis.

« Biopic » est effectivement un terme trompeur, car le long métrage ne s’intéresse qu’aux derniers mois de la vie de Lincoln, dans la dernière phase de la Guerre de Sécession, et en particulier à son combat visant à mettre un terme à l’esclavage dans un pays déchiré entre le Nord et le Sud. Bien que Spielberg évoque aussi à travers quelques scènes la vie personnelle de ce grand politicien (le deuil de son jeune fils emporté par la maladie, et sa relation avec sa femme incarné par une Sally Field souvent au bord de l’hystérie), c’est bien avant tout autour d’une lutte politique que le récit gravite. Une lutte inspirée par un rêve que Lincoln fait au début du film, moteur d’un engagement sans faille et indéniablement courageux. Car c’est surtout la fin de la guerre que son peuple demande, bien plus qu’une abolition de l’esclavage que beaucoup considèrent à l’époque comme une hérésie.

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Néanmoins, alors qu’il aurait pu se contenter de négocier la paix, Lincoln, alors au faîte de sa popularité, va prendre tous les risques pour faire adopter par la chambre des représentant ce 13ème amendement à la Constitution américaine qui abolira l’esclavage et en affranchira toutes les victimes. A travers le script très dense de Tony Kushner, Spielberg choisit alors de nous dévoiler toutes les tractations et manoeuvres politiciennes (parfois à la limite de la corruption) mises en oeuvre pour arriver à ses fins. Tout est alors affaire de dialogues, au Parlement où les joutes oratoires font rage, ou dans ses couloirs et dans les antichambres de la Maison Blanche. A coup de saillies verbales et d’arguments, on assiste à un combat politique très intéressant quoique souvent très technique. Mais c’est là le mérite de Spielberg qui a fait le choix de la complexité et n’a pas sacrifié au grand divertissement comme il en a l’habitude, en évitant l’hagiographie pompeuse et larmoyante.

Pour ce faire, il a su s’offrir les services d’un casting de premier choix. Daniel Day Lewis, bien sûr, qui remplace Liam Neeson initialement prévu dans le rôle titre et qui non seulement est saisissant de ressemblance avec ce grand homme, mais parvient aussi à lui insuffler toute son humanité et sa détermination. Un rôle à oscar, comme on dit, qui pourrait lui valoir le troisième de sa carrière. Mais il ne faudrait pas oublier la prestation de Tommy Lee Jones, qui campe magnifiquement le parlementaire Républicain Thadeus Stevens, radicalement engagé pour l’égalité entre Blancs et Noirs, qui accepte de renoncer à la radicalité et de céder à quelques grands compromis afin de faire pencher la balance dans le camp abolitionniste. Probablement l’un des rôles les plus émouvants de sa longue carrière.

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Pour conclure, malgré des longueurs indéniables qui vaudront certainement à beaucoup un profond ennui (2 heures auraient probablement suffi), Lincoln n’en demeure pas moins un des meilleurs films historiques de son auteur qui aborde le thème du courage politique de façon assez brillante et avec une étonnante retenue.