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Critique : « Cloud Atlas » de Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer

16 mars 2013 1 commentaire

ImageAprès l’échec cuisant de Speed Racer, les frère et désormais soeur Wachowski reviennent sur le devant de la scène avec l’un de leurs meilleurs films, Cloud Atlas, tiré d’un roman jugé inadaptable, Cartographie des nuages de David Mitchell. Aidés dans leur tâche par le réalisateur allemand Tom Tykwer, à qui on doit une autre adaptation réussie, Le Parfum, les Wachowski signent un film inclassable d’une densité dramatique rare, quasiment inracontable, mais plutôt marquant.

Difficile en effet de résumer ce film, qui nous propose sur trois heures une histoire complexe à tiroirs elle-même composée de pas moins de six histoires de prime abord indépendantes qui se déroulent dans plusieurs époques, mais interprétées par les mêmes acteurs dans des rôles (et des apparences) à chaque fois différents, constituant une des bonnes idées du film : Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant, Ben Wishaw, Hugo Weaving, et Jim Sturgess notamment, tous excellents. Des personnages de tous âges et de toutes origines dont les actes se répercutent à travers les âges, pour résumer le propos métaphysique du film, habituel chez les Wachowski mais qui ne constitue justement pas son principal intérêt. Un propos expliqué par l’une des héroïnes du film, SonMi, une sorte de Neo version féminine (la référence à Matrix est des plus évidente), simple clône dans le Séoul du XXIème siècle qui finira par être à l’origine d’une nouvelle révolution.

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Car c’est aussi et surtout cela qu’on en commun la plupart de ces histoires pourtant si différentes : l’émancipation. Celle d’un esclave qui gagne sa liberté grâce à un avocat qui tournera le dos à son milieu pour prendre le parti de l’abolitionnisme, d’un jeune homme au talent immense dont les moeurs feront la perte ne trouvant de libération possible que dans la mort, d’un vieil éditeur enfermé à son insu dans un asile de vieux, ou encore celle de SonMi échappant à sa condition d’esclave clôné destiné à finir en concentré protéiné.

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Un rejet des normes et des conventions et une réflexion sur l’identité qui fait forcément écho au très médiatique changement de sexe de Larry – Lana Wachowski, qui ajoute un soupçon de dimension autobiographique à ce très dense récit.

A chaque époque correspond également un genre : film historique avec le journal de bord d’un jeune avocat empoisonné sans le savoir par son docteur lors d’un voyage transatlantique au XIXème et sa rencontre avec un esclave clandestin, drame d’époque avec l’histoire se déroulant en 1936 d’un jeune compositeur homosexuel qui écrit de concert des lettres à son amant et la symphonie de sa vie qui constituera également le thème principal du film, thriller parano ambiance seventies, comédie jubilatoire, SF futuriste, etc.

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Combiner ces histoires et ces genres avec une telle fluidité et une rapidité relève de l’exploit, et on peut dire que les trois réalisateurs ont su être à la hauteur du défi, entretenant un suspense et un intérêt allant crescendo tout au long du film, et ce même si certaines histoires intéressent forcément plus que d’autres. Formellement impeccable, résolument moderne et incontestablement singulier, Cloud Atlas frappe par sa puissance narrative et son originalité. A ne pas manquer.

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