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Critique : « L’amour dure trois ans »

8 février 2012 Laisser un commentaire

"écrit au lipstick"

On m’a un peu traîné par les pieds pour aller voir « L’amour dure trois ans », l’adaptation d’un des premiers romans d’inspiration autobiographique de Frédéric Beigbeder par lui-même. N’étant pas un grand fan du personnage, et plus que sceptique vis-à-vis des écrivains qui s’improvisent cinéastes en s’auto-adaptant (ex. Bernard Werber, Eric-Emmanuel Schmitt), je m’attendais au pire… Et pourtant, je dois avouer que j’ai été plutôt séduit par cette comédie romantique que le chroniqueur mondain/critique littéraire/auteur/présentateur télé présente lui-même comme « le meilleur film de Frédéric Beigbeder ». C’est aussi son premier : l’ancien pubard a toujours le sens de la formule…

Le titre du livre et du film parle pour lui-même. L’introduction, sur vieille pélicule et fond de « Your Song » nous résume en trois minutes l’histoire d’amour de Marc Marronnier (Garspard Proust) avec Anne, du coup de foudre à la déchirure. S’ensuit le divorce. Anne quitte Maronnier pour un autre Marc, Lévy. Dévasté, le chroniqueur mondain crache son désespoir dans un roman autobiographique : « L’amour dure trois ans », donc.

Il rencontre alors Alice (Louise Bourgoin), la femme de son cousin (Nicolas Bedos), qu’il séduit et dont il tombe éperdument amoureux. Au même moment, son livre se fait publier sous le merveilleux pseudonyme de Féodore Belvédère et cartonne. Un livre qu’Alice juge misogyne et dont elle méprise l’auteur ignorant qu’il n’est autre que son amant, qui va tout faire pour qu’elle ne découvre pas le pot aux roses. La suite est assez prévisible avec pas mal des clichés propre au genre donc pas besoin de vous la dévoiler…

chabadabada

L’une des qualités du film réside dans son casting et la direction d’acteurs. Gaspard Proust est un très bon avatar de Beigbeder. Il apporte une bonne dose de charme et d’humour autodépréciatif à son personnage tour à tour dépressif, séducteur, cynique, égocentrique. Louise Bourgoin est parfaite et naturelle dans un personnage solaire et qui lui va comme un gant. Et les seconds rôles sont excellents. Les parents notamment : Annie Duperey, auteure de « Je suis mère célibataire et je t’emmerde » se lâche plus que dans « une Famille formidable » et ça fait plaisir. Bernard Menez est très convainquant en vieux libidineux qui raconte ses exploits sexuels à son fils. Valérie Lemercier, comme toujours, est géniale dans le rôle de l’éditrice aux répliques cinglantes. Et l’un des potes de Maronnier, Jean-George alias Joey Starr finit par nous offrir l’une des surprises les plus amusantes du film.

Mes amis, mes amours, mes emmerdes

La bande originale et les clins d’oeil cinématographiques rajoutent aussi au charme du film : Woody Allen (à qui il emprunte le personnage qui s’adresse à la caméra), Bukowski, Jacques Demy et Michel Legrand. En digérant les codes de la comédie romantique à l’américaine et en y ajoutant un peu d’ironie et des dialogues très écrits mais souvent savoureux, Frédéric Beigbeder signe un premier film qui n’est pas parfait mais a le mérite d’être drôle, intelligent et léger.

Une bonne surprise.

Polisse, le film français de l’année

28 octobre 2011 Laisser un commentaire

Polisse, avec deux s, pour ne pas le confondre avec le Police de Pialat, c’est le titre du dernier film de Maïwenn. Elle nous offre ici un grand film sur la police, et un grand film tout court. Maïwenn nous plonge dans l’univers de la BRP (la brigade de protection des mineurs) de Belleville, en interprétant une photographe qui se voit confier la mission de réaliser un reportage sur les femmes et les hommes qui travaillent au quotidien, dans des conditions difficiles, au service de la protection de l’enfance.

Dès la première scène, l’interrogatoire d’une fillette qui raconte que son père « lui gratte les fesses », on est saisi par le réalisme et la crudité des situations qui vont défiler. Porté par le jeu des acteurs, tous excellents, le force de Polisse tient dans le fait qu’on oublie vite qu’il s’agit d’une fiction, tant on se croirait dans un documentaire. Il faut dire que Maïwenn a précisément eu l’idée de faire ce film après avoir visionné un documentaire sur une BRP de Paris, et que son scénario, co-écrit par Emmanuelle Bercot qui joue également une des flics dans le film, s’inspire de faits réels : inceste, attouchements, enlèvement d’enfant, bébé mort né d’un viol sur mineure… mais on y voit aussi l’absence de moyens financiers et humains de cette brigade, le mépris de leurs collègues des stups ou de la crim vis-à-vis d’eux, et des scènes de la vie privée de chacun, qui participent toutes au réalisme du film.

Maïwenn parvient pourtant à éviter de rendre son sujet trop pesant en filmant également les moments de détente et de décompression, mais aussi les tensions entre les membres de cette brigade, qui tentent tant bien que mal de mener une vie « normale » en étant confrontés chaque jour au pire de la nature humaine. Par l’intermédiaire de son personnage, elle prend du recul avec son sujet, se posant la question de savoir si elle fait du misérabilisme. Dans une scène très forte, Joey Starr s’en prend effectivement violemment à son personnage à qui il reproche de ne s’attacher qu’à photographier les drames, les moments de cris et de larmes…  Mais l’humour est aussi très présent et vient frapper quand on ne s’y attend pas. Il permet au film de ne pas sombrer dans une ambiance trop pesante et contrebalance tous les drames que l’on voit défiler dans le commissariat. Seule réserve, sur l’utilité de la romance entre Maïwenn et le personnage de Joey Starr, qui n’apporte pas vraiment d’intérêt au film.

La justesse du jeu des acteurs et des dialogues est tout simplement bluffante. Impossible de les citer tous, mais on retiendra l’interprétation de Joey Starr, impressionnant en flic indigné, rongé par les drames personnels auxquels il assiste; celle de Marina Foïs, sèche tant dans son attitude que dans son corps qu’elle maltraite; de Karin Viard face à son divorce; ou encore de Sandrine Kiberlain, qui fait passer dans une ou deux scènes très courtes toute l’horreur et la détresse d’une mère confrontée à une situation des plus difficiles.

Polisse est un film vivant, parfois dérangeant, qui touche le spectateur en plein coeur, par son énergie, sa justesse, et son rythme. A voir, vraiment !