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Critique : « Frankenweenie » de Tim Burton

2 novembre 2012 Laisser un commentaire

Tim Burton s’était un peu perdu ces dernières années avec des films oubliables voire ratés, si bien qu’après quelques années d’errance artistique on ne l’attendait presque plus. Et si son précédent film, Dark Shadows, sorti il y a quelques mois, relevait le niveau, c’est avec « Frankenweenie » qu’il revient – enfin – à son meilleur. Alors, comme d’habitude, on pourra lui reprocher de « faire du Burton », mais c’est encore ce qu’il fait le mieux. En transformant son propre court métrage « live » du même nom, tourné pour Disney en 1984, en un long métrage d’animation en motion capture et en noir et blanc, il effectue un retour aux sources salvateur en rendant hommage à tous les films qui ont participé à construire son univers : des films d’horreur d’Universal des années 30 (Frankenstein et sa fiancée, l’Homme Invisible, la Momie..) à ceux des studios Hammer en passant par les films de monstre à la Godzilla.

L’histoire de Frankenweenie, c’est celle de Victor Frankenstein, un jeune garçon un peu lunaire et sans autre ami que son chien, Sparky, qu’il met en scène dans des petits films de monstres faits à la maison – une séquence d’introduction qui à elle seule vaut le déplacement tant elle est pleine de bouts de ficelles et d’inspiration. Victor vit avec ses parents à New Holland, une ville de banlieue qui n’est pas sans rappeler celle d’Edward aux Mains d’argent, et qui renvoie là encore à l’histoire de Burton lui-même et à son enfance passée à Burbank. Le jour où son chien meurt, le jeune Victor, comme son illustre homonyme, décide de ramener l’animal à la vie un soir d’orage grâce à un ingénieux dispositif et quelques éclairs. Et ça marche ! « Your dog is alive, aliiiive » lui lance un vil camarade de classe qui a découvert le pot aux roses et entend se servir de cette découverte pour gagner le concours de science organisé par leur étrange professeur. Sparky, à l’image du célèbre monstre de Frankenstein, couvert de coutures, deux gros boulons à son cou, va alors dynamiter la tranquille petite bourgade et ses habitants, comme d’habitude chez Burton très enclins aux jugements hâtifs.

Si le scénario de John  August sert surtout de prétexte à de multiples clins d’oeil en faisant ressusciter les monstres de tous ces vieux films qui ont donné leur inspiration à Burton, le réalisateur le fait ici avec une maîtrise formelle remarquable, avec des plans et des décors travaillés dans les moindres détails. Le character design et l’animation des marionnettes est notamment très réussi, et bien évidemment très référencé (on retrouve chez les camarades de Victor un simili Boris Karloff, un Quasimodo, une petite fille étrange qui rappelle celle de ses poèmes illustrés, et une Winona Ryder qui prête sa voix à son propre avatar en pâte à modeler).

Et tout cela dans un rythme sans aucun temps mort, qui nous trimballe entre rires et (gentil) effroi – ça reste un film pour enfants – jusqu’à un bouquet final de monstres relâchés et de villageois enragés qui boucle en beauté ce vibrant hommage au cinéma d’épouvante d’antan.

Avec Frankenweenie, c’est un peu aussi son cinéma que Tim Burton ressuscite, et ça fait très plaisir à voir !

Critique : « Dark Shadows » de Tim Burton

affiche de Dark ShadowsCinéaste génial doté d’un univers à part, célébré en ce moment à la Cinémathèque Française, Tim Burton nous a offert des chefs d’oeuvre inoubliables au début de sa carrière (« Edward aux Mains d’argent », « Ed Wood »…), avant de commencer à nous décevoir dans les années 2000 avec des films hollywoodiens ratés comme son remake de la Planète des singes ou encore, le dernier en date, « Alice au Pays des Merveilles » (néanmoins l’un de ses plus gros scores au box-office mondial). On avait donc des raisons de douter de la qualité de son dernier opus, « Dark Shadows« , l’adaptation d’un soap opéra américain à succès diffusé sur ABC à la fin des années 60.

Une série dont lui et Johnny Depp, son acteur fétiche avec qui il collabore ici pour la huitième fois, sont tous deux des fans. Au final, cette adaptation offre à Tim Burton le terrain de jeu idéal pour faire ce qu’il fait de mieux : mêler le gothique et le comique dans une ambiance à la fois sombre et colorée, effrayante et loufoque.

Johnny Depp en Barnabas Collins dans Dark Shadows

Johnny Depp y incarne Barnabas Collins, héritier d’une famille de colons ayant quitté l’Angleterre pour fonder une ville dans le Maine à la fin du 18ème siècle. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où le jeune et beau notable éconduit sa servante, Angélique Bouchard (Eva Green), pour une plus classieuse donzelle portant le doux prénom de Josette (Bella Heathcote). C’était sans savoir que la soubrette était aussi sorcière… Folle de rage, la diabolique Angélique envoie sa rivale se jeter du haut d’une falaise et maudit son amant en le transformant en vampire, avant de le faire enterrer vivant par les villageois. Deux siècles plus tard, Barnabas est sorti par accident de son tombeau et revient dans son manoir pour aider ses descendants – une famille ruinée et un peu dégénérée – à remonter la pente que les Collins n’ont cessé de dévaler depuis des lustres. La matriarche Elizabeth (Michelle Pfeiffer) tente tant bien que mal de tenir les rênes de sa famille, qui compte sa fille, une ado un peu rebelle aux jupes courtes que Barnabas prend pour une catin (Chloë Moretz), un frère pique-assiette (Jonny Lee Miller), et son fils qui prétend communiquer avec sa mère disparue en mer. Dans ce manoir vit aussi une psychanalyste alcoolique (Helena Bonham Carter) et arrive une mystérieuse gouvernante, Victoria Winters, qui ressemble trait pour trait à la Josette de Barnabas.

Jonny Lee Miller et Helena Bonham Carter dans Dark Shadows

La rencontre entre ce vampire aux manières d’une autre époque et cette famille vivant dans le temps de la glorieuse société de consommation est évidemment propice à une succession de gags plutôt réussis et des dialogues souvent drôles. Dans « Dark Shadows », Tim Burton opère aussi une sorte de synthèse de son cinéma (on pourra facilement lui reprocher de faire du recyclage) avec, comme (presque) toujours, un Johnny Depp grimé, un manoir maudit hanté par des fantômes comme dans « Beetlejuice » et une foule en colère comme dans « Edward aux Mains d’argent », une histoire de vengeance sur fond de malédiction comme dans « Sweeney Todd »… Bref, Tim Burton se cite et multiplie les clins d’oeil à ses propres oeuvres en retrouvant ses thèmes familiers – famille forcément dysfonctionnelle avec un père absent, société abrutie par le consumérisme… – tout en convoquant les éléments fantastiques qui lui sont chers.

Tout n’est pas pour autant réussi. Le scénario est la principale faiblesse du film : assez convenu sans véritable enjeu dramatique, il ne parvient malheureusement pas à faire exister assez ses personnages secondaires pourtant intéressants.  Néanmoins, Tim Burton parvient à nous emporter dans cette aventure grâce à son sens de la mise en scène (impeccable), aidé par des décors gothiques somptueux et des effets visuels très impressionnants. Il nous offre également des scènes complètement barrées et psychédéliques dont il a le secret, comme cette séquence jubilatoire de sexe acrobatique entre Angélique et Barnabas, ou encore leur affrontement final assez surpenant. Le casting prestigieux qu’il s’est offert est dans l’ensemble très convaincant : mention spéciale à Eva Green qui surprend plus que Johnny Depp en mode méga bitch blonde sexy en diable, à Michelle Pfeiffer qu’on est content de retrouver, et à Helena Bonham Carter, toujours aussi folle.

Eva Green en Angélique Bouchard dans Dark Shadows

« Dark Shadows » est donc un divertissement très plaisant dans l’ensemble, bien que non exempt de défauts, qui a le mérite de nous faire enfin retrouver l’univers sombre et fou de Tim Burton. Un monde où cohabitent noirceur et fantaisie. Un plutôt bon cru… Espérons qu’il continue sur cette voie.

« Dark Shadows » : enfin la bande-annonce !

16 mars 2012 Laisser un commentaire

Tim Burton est sous le feu de l’actualité en ce moment. Après sa master class à la cinémathèque française, en préambule de l’exposition qui lui est consacrée, la bande-annonce de son prochain film avec son acteur fétiche Johnny Depp vient enfin de tomber.

Dans Dark Shadows, l’interprète de « Edward aux Mains d’argent » et de « Ed Wood » campe un vampire qui sort de terre deux siècles après y avoir été placé de force par une sorcière sexy (Eva Green), et se réveille dans les seventies avec la ferme intention de se venger.

Apparemment, ambiance gothique et comique sera au rendez-vous.

Retour sur la master class de Tim Burton à la Cinémathèque française

Tim Burton à la cinémathèque française

Tim Burton à la cinémathèque française

Après avoir rendu hommage à Steven Spielberg et à son impressionnante filmographie à l’occasion de la sortie de son dernier opus, « Cheval de Guerre« , c’était aujourd’hui au tour d’un autre grand cinéaste américain d’avoir le droit à sa master class à la Cinémathèque française. En préambule à l’exposition qui lui est consacrée à partir du 7 mars, Tim Burton est revenu sur sa filmographie et sa vision du cinéma pendant une petite heure.

En introduction à cette discussion, la scène du film « Ed Wood », biopic en noir et blanc sur « le pire réalisateur de l’histoire du cinéma », dans laquelle le metteur en scène organise le vol d’une fausse pieuvre géante avant de filmer son combat avec Bela Lugosi, le vieil interprète de Dracula oublié de tous (Martin Landau). Un film singulier dans la filmo de Burton, tourné en 1994 en noir et blanc et en prise de vue réelle, dont il dit se sentir proche dans sa vision illusoire du cinéma, et sa passion vibrante pour ses films, si modestes et médiocres soient-ils, à la dynamique curieuse. Même si lui ne « s’habille pas en femme ».

L’ENFANCE ET SES SOURCES D’INSPIRATION

Tim Burton revient ensuite sur la dimension personnelle de son oeuvre. Son enfance à Burbank, dans la banlieue de Los Angeles en Californie où il se sent à l’écart, isolé. Un sentiment qu’on retrouve dans l’un de ses premiers courts, « Vincent », ou encore dans« Edward aux Mains d’argent » avec son alter ego Johnny Depp. Un environnement qui explique aussi son goût pour l’expressionnisme allemand et les films d’épouvante de seconde zone, « parce que quand il fait beau tout le temps, on n’a pas cette dimension onirique ». Burton découvre alors des films étranges de seconde zone à la télé, comme « Godzilla », ou « Dr Jekyll & Sister Hyde ».

Edward aux Mains d'argent

Edward aux mains d'argent

L’ANCIEN HOLLYWOOD ET LA NOUVELLE GÉNÉRATION

Interrogé sur ses liens particuliers avec les vieux acteurs de l’ancien Hollywood (Vincent PriceChristopher Lee…), qu’il fait tourner avec des valeurs montantes comme Johnny Depp, Tim Burton explique qu’il leur voue un culte depuis l’enfance et qu’ils font partie de ses sources d’inspiration. Il est donc naturel pour lui de vouloir leur offrir des rôles, et s’effare qu’un producteur « enterre » un acteur comme Christopher Lee avant l’heure, ne voulant pas en entendre parler car jugé trop ringard (c’était bien sûr avant la saga du « Seigneur des Anneaux » et « Star Wars »). L’animateur revient également sur le fait que, comme dans « Mars Attacks », les parents sont souvent évacués de ses films, au profit d’une relation étroite entre enfant et grand-parent. Tim Burton y voit là encore un signe de son histoire personnelle, lui qui a vécu à partir de 10 ans chez sa grand-mère.

Tim Burton, Vincent Price et Johnny Depp

Tim Burton, Vincent Price et Johnny Depp sur le tournage d'Edward aux mains d'argent

UN CINÉMA ARTISANAL

Sur sa façon de travailler, Burton évoque le dessin. Ancien animateur et story boarder chez Disney (il a notamment travaillé 8 ans sur « Rox et Rouky »), il a pris l’habitude d’effectuer des travaux préparatoires sous forme d’esquisses très littérales. En ce qui concerne les effets visuels, très présents dans l’ensemble de ses films, il rejette désormais l’écran vert, avec lequel il a du mal à travailler tout comme ses comédiens. Il préfère utiliser des décors naturels ou artificiels autant que possible, et des techniques comme la perspective forcée sur des films comme Sleepy Hollow. Un manque de confiance envers la technologie qu’il soulève avec pas mal d’humour quand son oreillette tombe en panne et que la traduction cède la place à « une station de radio ».

Village de Sleepy Hollow

Village de Sleepy Hollow

LA STOP MOTION

En ce qui concerne ses films d’animation, il préfère la stop motion (animation de marionnettes image par image) aux images de synthèse, car il trouve très émouvant et satisfaisant le fait de voir quelque chose être animé image par image à la main, par des artisans qui façonnent des personnages et des accessoires minutieusement. Une technique qu’il voulait absolument utiliser sur « L’Étrange Noël de M. Jack », ultérieurement choisie pour « Les Noces Funèbres » et « Frankenweenie » qui sortira bientôt.

Frankenweenie

Frankenweenie

LA MUSIQUE, PERSONNAGE À PART ENTIÈRE

Interrogé sur ses liens avec Danny Elfman, sur lequel il a collaboré dès leur premier film commun, « Pee-Wee’s big adventure », Tim Burton confie l’avoir découvert alors qu’il jouait dans un groupe de pop surréaliste à Los Angeles. Pour lui, « sa musique est presque un autre personnage » de ses films, qui s’inscrit entièrement dans l’histoire au côté de ses protagonistes. Danny Elfman a depuis travaillé sur l’ensemble des films du réalisateur, à l’exception de « Ed Wood ».

LE CINÉMA COMME THÉRAPIE

Quand on lui demande pourquoi il fait du cinéma, Tim Burton répond qu’il ne se voyait pas faire un métier normal, et que plus sérieusement il avait beaucoup de chance d’avoir les moyens de faire des films qui sont pour lui une sorte de thérapie. « On me paie pour exorciser mes traumatismes et autres cauchemars. Je rencontre des artistes fantastiques, c’est toujours quelque chose de nouveau et de spécial ». « J’ai eu tellement de mal à m’exprimer verbalement, il fallait que je fasse passer par l’image certaines choses », explique-t-il.

Une heure, c’était à mes yeux bien court pour évoquer la très riche filmographie de ce réalisateur surdoué, maître du fantastique, mais c’était un bon teaser pour aller voir l’expo et découvrir les maquettes, dessins et autres travaux de l’artiste.

Le meilleur de Tim Burton en 2 minutes 30

À l’occasion de la master class de Tim Burton à la Cinémathèque française, et de l’exposition consacrée à l’ensemble de l’oeuvre de cet étrange et fantastique réalisateur qui s’y tiendra à partir du 7 mars, découvrez ce petit montage réalisé par un fan qui compile les 14 longs métrages de l’artiste.

Johnny Depp en vampire, ça donne ça…

13 janvier 2012 2 commentaires

Après un premier portrait de famille paru en septembre du casting de « Dark Shadows », le prochain film de Tim Burton, une nouvelle photo a fait surface sur le net. Elle nous donne une image plus précise de ce à quoi va ressembler Johnny Depp en Barnabas Collins, en attendant la bande-annonce. Nouveau look pour un nouveau rôle : moins excentrique que celui du chapelier fou, Johnny y arbore une coupe de cheveux inédite avec un teint bien pâlot, normal pour un vampire…

T'as le look Coco...

Adapté d’une série télé diffusée de 1966 à 1971 sur la chaîne ABC, « Dark Shadows » retrace les aventures surnaturelles de la famille Collins, dont l’un des principaux membres, Barnabas, sort de tombe deux siècles après avoir été transformé en vampire et enterré vivant par sa sorcière de servante, Angélique… Après ce long séjour six pieds sous-terre, il n’aura qu’une idée en tête, se venger. Normal !

Sans préjuger de la qualité du film, le casting est en tout cas prometteur : outre Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Eva Green, le grand Christopher Lee, Mrs Tim Burton (Helena Bonham Carter) et Chloe Moretz (la super héroïne de Kick Ass) seront de la partie.

Le film devrait sortir en mai, pour le prochain Festival de Cannes.

Portrait de famille

version 60's

Update : Et une nouvelle photo vient encore de faire son apparition, avec un Johnny aux ongles acérés. Si ses mains ne sont plus d’argent, elles doivent encore pouvoir faire saigner…

Découvrez « The World of Stainboy », la série animée de Tim Burton

11 janvier 2012 Laisser un commentaire

Stainboy

En 1997, Tim Burton a écrit un recueil de poèmes illustrés intitulé « La triste fin du petit enfant huître et autres histoires », dans lequel il inventait une ribambelle d’enfants bizarres ou inadaptés comme Matchstick girl (la fille allumette), le garçon avec des ongles dans les yeux, ou encore Brie boy (l’enfant-brie). Des poèmes décalés souvent conclus par une mort tragique mais amusante, avec un humour noir propre au réalisateur de Beetlejuice, formé chez Disney.

Parmi ces étranges personnages, le super-héros Stain Boy (l’enfant-tâche) est décrit tel quel :

« He can’t fly around tall buildings,
or outrun a speeding train,
the only talent he seems to have
is to leave a nasty stain.

Sometimes I know it bothers him,
that he can’t run or swim or fly,
and because of this one ability,
his dry cleaning bill is sky-high ».

En 2000, Burton exploite ces aventures avec « The World of Stainboy », une série de courts métrages animés commandés par Shockwave.com. Epoque à laquelle il dessine une série d’esquisses et d’aquarelles qu’il accompagne de scripts et story boards qu’il transmet au Flinch studio pour les rendre live. Sur les 26 épisodes prévus initialement, 6 ont été finalement créés. Pour les amateurs de l’univers Burtonien et de sa poésie macabre, ils sont à découvrir ci-dessous (en VO non sous-titrée, désolé) :

(via Openculture.com)

Épisode 1 : Stare Girl

Épisode 2 : Toxic Boy

Épisode 3 : Bowling Ball Head

Épisode 4 : Robot Boy

Épisode 5 : Matchstick Girl

Épisode 6 : The Origin of Stainboy