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Critique express : « Piégée » de Steven Soderbergh

15 juillet 2012 1 commentaire

Cinéaste hyperactif et inclassable ne se laissant pas enfermer dans une catégorie, alternant blockbusters à gros budgets et films indépendants, Steven Soderbergh revient avec un nouveau film quelques mois seulement après Contagion, et tout juste quelques semaines avant Magic Mike, sa comédie sur fond de strip-tease masculin qui cartonne en ce moment outre-atlantique.

Dans Piégée, il met en scène Gina Carano, ex championne de street fight dans le  premier rôle. Elle y incarne Mallory, une espionne de choc formée par la CIA qui se retrouve piégée par son ex d’employeur (Ewan McGregor), embarquée dans une mission où ses collègues (Michael Fassbender, Channing Tatum…) vont tenter un par un de lui faire la peau. Mais la donzelle est coriace et se défend avec force et bravoure dans des scènes de combat âpres et hyper réalistes. Malgré la qualité du casting dans lequel on retrouve aussi Bill PaxtonMichael Douglas, ou encore Antonio Banderas et Mathieu Kassovitz venus pour cachetoner, ce film reste une vulgaire série B sans âme et sans saveur, et presque ennuyeuse alors qu’il ne dure qu’une petite heure et demi. Une grosse déception !

Si l’actrice principale est assez charismatique et parvient tant bien que mal à maintenir le film sur ses epaules, Piégée n’en reste pas moins une pâle copie de la saga Jason Bourne au féminin, le scénario et l’inventivité en moins. Forcément, en faisant trois films par an, difficile de faire en sorte qu’ils ne soient pas bâclés.

Pas besoin de se déplacer en tout cas, tout est dans la bande-annonce…

Critique express : « Prometheus » de Ridley Scott

Prometheus

Le vaisseau Prometheus

Plus de trente ans après avoir initié le genre de la SF horrifique avec « Alien, le 8ème passager », et après des suites plus ou moins réussies signées quand même James Cameron, David Fincher et Jean-Pierre Jeunet, sir Ridley Scott revient enfin aux sources de la saga avec Prometheus. Un prequel (ou pas ?) très attendu grâce à une campagne marketing rondement menée distillant les infos au compte-gouttes et les bandes-annonces choc depuis le début de l’année, qui m’a (nous) a donné sérieusement la bave au coin de la bouche, tel un alien devant un steak humain.

Alors, un chef d’oeuvre de plus signé par l’auteur de « Gladiator » et « Blade Runner » ou une fausse bonne idée ? Ni l’un ni l’autre, mon capitaine. Avec « Prometheus », Mr Scott offre une oeuvre ambitieuse et parfois spectaculaire qui a le mérite de nous faire renouer avec cet univers si particulier, mais dont les défauts un peu trop nombreux empêchent l’adhésion totale.

L’expédition

« Prometheus » s’ouvre sur une séquence mythologique assez démente visuellement où l’où découvre un grand humanoïde blanchâtre avaler une substance étrange au bord d’une immense cascade bouleversant son corps jusque dans son ADN que l’on voit se distordre au niveau microscopique pour se disperser dans l’eau. S’ensuit  la découverte scientifique des professeurs Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) et son mec Holloway (qui ressemble à Tom Hardy en moins charismatique) de peintures rupestres sur l’île de Skye en Écosse vers la fin des années 2090. Une fresque figurant un homme pointant le doigt vers une constellation que tout plein de civilisations qui ne partageait aucun contact ont toutes représenté à des siècles d’écart.

Notre amie Lisbeth Elisabeth en déduit qu’il s’agit d’une invitation pour nous autres humains à venir rencontrer notre créateur outre-galaxie, dans une planète fort fort lointaine… parce que comme elle l’explique aux membres de la mission Prometheus 2 ans plus tard, trois siècles de darwinisme on s’en balance ! C’est juste ce qu’elle a « choisi de croire ». Soit. Première incohérence d’un scénario signé Damon Lindelof (Mr Lost) qui en comptera bien d’autres qu’il serait fatiguant de recenser exhaustivement et que l’odieux connard a très bien décrites sur son blog.

Une histoire qui souffre surtout d’un terrible manque de rythme dans sa première heure qui nous ferait presque bailler. L’expédition met énormément de temps à se mettre en marche et on accumule les passages pas vraiment passionnants ni indispensables à l’intérieur du vaisseau, où l’on découvre un équipage assez nombreux mais dont on ne retiendra finalement que peu de participants : Shaw et son mec, l’androïde David (parfait Michael Fassbender) le captain Vickers (Charlize Theron, sous-exploitée), voire le pilote (Idris Elba). Les autres scientifiques présents ne seront là que pour se faire massacrer. Ils ne sont guère que deux à vraiment tirer leur épingle du jeu : Noomi Rapace s’avère excellente en digne ascendante de Ripley (notamment dans une scène de survival qui prend littéralement au bide) et Michael Fassbender apporte beaucoup d’ambiguité à son rôle de robot quasi humain.

Prometheus David Fassbender Shaw Rapace

Elisabeth Shaw (Noomi Rapace) et l’androïde David (Michael Fassbender)

Là où Prometheus s’avère efficace, c’est dans ses séquences d’action et de violence. Scott nous offre quelques scènes d’horreur assez saisissantes grâce à un bestiaire tout en tentacules et chuintements dégueus. On pourra d’ailleurs regretter que ces quelques scènes bien gore nous en montrent trop, atténuant le suspense bien plus présent dans Alien, où c’est la suggestion qui primait. Quant au scénario, à trop vouloir tout expliquer lui aussi, il détruit une part du mystère autour de cet univers qui était finalement bien plus intéressant. Et quoi qu’ait pu en dire Ridley Scott, on verra bien ce qu’on est venu chercher, le lien avec la saga Alien dans la courte et ultime séquence du film…

Bref, riche d’un univers visuel grandiose et de quelques scènes époustouflantes, Prometheus souffre de trop grosses lacunes en termes de rythme et de scénario pour se revendiquer d’un nouveau modèle de science-fiction comme on nous l’a vendu. Reste quand même que le spectacle a beaucoup de gueule et que les clins d’oeils à Alien font bien plaisir à voir…

 

Shame, une âpre variation sur la solitude

8 décembre 2011 Laisser un commentaire

Après avoir parlé ici il y a peu de Michael Fassbender, la nouvelle coqueluche d’Hollywood, j’étais plutôt pressé de voir Shame, le dernier film de Steve McQueen dans lequel il est en tête d’affiche. Et je n’ai pas été déçu. Porté par le jeu puissant et impeccable de son interprète principal et une réalisation maîtrisée de bout en bout, le film fascine tout comme il dérange.

Le pitch : Brandon, un trentenaire new-yorkais qui bosse beaucoup et vit seul dans son appartement de Manhattan, a un gros problème. C’est un sex-addict, en proie à des pulsions qu’il a de plus en plus de mal à contrôler. Quand sa soeur Sissi (Carey Mulligan) s’immisce dans son appartement et revient dans sa vie, l’univers qu’il s’est créé va s’en trouver tout ébranlé – sans mauvais jeu de mot.

Pour commencer, je pense que tout le monde sera d’accord pour saluer l’interprétation du très charismatique Michael Fassbender… Tout comme dans Hunger, dans un autre registre, il a vraiment donné de sa personne. Scènes de nu frontal et de sexe bestial, l’acteur est filmé de façon crue dans toutes ses errances. Mais la performance de Fassbender ne se résume pas au fait d’avoir osé le nu. Rien d’excitant dans ces scènes d’ailleurs. Par son jeu, les expressions de son visage et ses gestes, il parvient à exprimer l’infinie solitude d’un homme incapable de résister à ses pulsions, et d’aimer qui que soit à commencer par lui-même. Un prix d’interprétation à la dernière Mostra amplement mérité donc…

Question scénario, Steve McQueen a aussi su y faire en exploitant plutôt subtilement un thème rarement évoqué de manière aussi frontale au cinéma, l’addiction au sexe en l’occurrence. Les quelques scènes introductives évoquent le quotidien codifié de Brandon, tournant autour de son désir exacerbé : regards lubriques dans le métro, sexe tarifé, masturbation dans les toilettes du bureau, porno…

"Hey coquine, tu descends ?"

Carey Mulligan, dans le rôle de sa soeur, est l’élément perturbateur qui pourrait le sortir du trou dans lequel il s’enfonce tous les jours. Elle est celle qui pourrait remettre de l’humain et de l’émotion dans sa vie. On imagine, sans qu’il en soit trop dit, que ces deux là partagent un lien particulier et un passé commun pas tout rose : notamment dans une jolie scène où Brandon va l’écouter chanter dans un club une version (quand même pas top) de New York New York, qui lui tire les larmes.

On espère qu’ils puissent se sauver l’un l’autre. Mais pas de place pour Sissi dans son monde, tant son obsession prend toute la place. Brian, impitoyable, la rejette violemment. Sans trop en dévoiler, si suite à l’irruption de sa soeur dans son appart, le sex-addict tente vainement de débuter une relation normale et de se débarrasser de ses démons, c’est pour mieux replonger et s’enfoncer encore plus dans la nuit new yorkaise.

"Gimme a hug"

En bref, Shame est une oeuvre âpre et tragique, sur l’autodestruction et la solitude extrême d’un homme en proie à son addiction.

C’est lent, c’est terriblement froid même dans ses scènes chaudes, c’est troublant, et d’une grande tristesse.

C’est à voir !

Michael Fassbender, l’acteur qui monte

1 décembre 2011 Laisser un commentaire

the scarf of Shame

Tout le monde se l’arrache à Hollywood : Tarantino, Cronenberg, Scott… Son nom, Michael Fassbender.

L’acteur anglo-allemand de 34 ans débarque sur les écrans en ce mois de décembre dans deux films qui font déjà parler d’eux : Shame, de Steve McQueen, et A Dangerous Method de David Cronenberg.

L’occasion de revenir sur sa courte carrière déjà impressionnante, oscillant entre films grand public et d’auteur…

Après avoir joué de ses muscles dans le 300 de Zack Snyder, Fassbender est révélé par Hunger de Steve McQueen (le réalisateur anglais, pas l’acteur, forcément…). Il y est tout simplement impressionnant dans son interprétation du militant irlandais Bobby Sands, décédé en 1981 suite à une grève de la faim. Habité, amaigri, saisissant, la performance du comédien, comme le film, n’est pas passée inaperçue. Hunger décrochera en effet la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film au Festival de Cannes en 2008. « J’ai perdu 14 kilos et j’en pesais 59 à la fin. C’était la seule façon de le faire et d’être crédible », déclare-t-il à l’époque.

"J'ai faim ! "

Après le marquant survival Eden Lake, dans lequel il se retrouve pris au piège avec Kelly Reilly face à une bande d’ados psychopathes, il enchaîne l’année suivante avec Fish Tank, d’Andrea Arnold, où il séduit une adolescente perdue. Le film obtient le Prix du Jury, et le charisme animal et le sourire carnassier de Fassbender crèvent l’écran. La même année, il est choisi par Quentin Tarantino pour son Inglorious Basterds pour incarner un agent britannique se faisant passer pour un soldat allemand, langue qu’il parle d’ailleurs couramment. La scène dans laquelle il infiltre un bouge infesté d’allemand vous apprendra comment on commande correctement trois verres chez les Teutons.

"drei Gläser bitte"

Ensuite, sa carrière explose : jeune Magneto dans X-Men : le commencement au côté de James McAvoy, il retrouve Steve McQueen pour Shame, et se voit décerner le prix d’interprétation au festival de Venise en 2011 grâce à sa prestation. Un film qui sort le 7 décembre en France et devrait apparemment être tout aussi dérangeant, et cru. A New York, il y est question de l’affaire DSK de l’errance d’un trentenaire addict au sexe qui voit sa soeur débarquer dans son appartement.

Ses choix de carrière, il ne les fait pas en fonction du nombre de spectateurs potentiels. « Ce qui me préoccupe, c’est de raconter l’ambivalence que nous avons tous en nous. J’aime les personnages duels comme Magnéto, ou celui de Fish Tank. Etre au plus près des fissures de l’être humain. Dans un blockbuster ou dans un film intello » confie-t-il à GQ. Comédien intense et captivant, au charisme fou, pas étonnant qu’il soit en ce moment aussi recherché au ciné que le beau gosse Ryan Gosling.

Et on n’a pas fini de le voir, puisqu’il prêtera ses traits à Carl Jung dans le film « psycho » A Dangerous Method (sortie française le 21 décembre) qui s’intéresse à sa relation avec son mentor le Dr Sigmund Freund (Viggo Mortensen) et une patiente hystéro (Keira Knightley) qui va devenir sa maitresse. La suite, ce sera notamment en 2012 Prometheus de Ridley Scott, de retour à la SF, Haywire, un thriller de Steven Soderbergh, et on vient de l’annoncer comme Noé dans l’arche de Darren Aronosfsky, qui s’apprête à adapter sa propre bédé.