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Critique : « Les adieux à la Reine » de Benoît Jacquot

26 mars 2012 Laisser un commentaire

Adapté du roman éponyme de Chantal Thomas, « Les adieux à la Reine » se déroule pendant les dernières heures de la monarchie et se focalise sur le personnage fictif de Sidonie Laborde (Léa Seydoux), la lectrice de Marie-Antoinette. Construit comme un huis clos à l’intérieur du Château de Versailles dans lequel chaque scène est vue à travers son regard, le film retrace les 4 jours consécutifs à la prise de la Bastille et le bouleversement que cela y engendre. Un parti pris de mise en scène original et passionnant qui permet de placer Sidonie et le spectateur en observateur privilégié du fascinant petit monde versaillais et de sa cour, vu de l’intérieur.

On suit en effet Sidonie à travers les chambres miteuses des servantes, dans la cave qui leur sert de salle à manger, qui n’en remonte la plupart du temps que pour se rendre dans la chambre de la reine et lui lire les ouvrages qu’elle a sélectionnés pour elle. On est témoin de l’agitation qui secoue le château, notamment lors d’un excellent plan séquence de nuit où la fourmilière de la cour prend peur à la découverte de la liste des têtes à couper, alors que la rumeur gronde à l’extérieur.

Le château devient alors un personnage à part entière, magnifié par la caméra de Benoît Jacquot qui nous offre une très belle reconstitution entre ombre et lumière, des décors aux costumes en passant par les éclairages naturels ou à la bougie. Au fur et à mesure que les heures passent, la tension devient de plus en plus palpable, et envahit chaque scène. Benoît Jacquot y réunit également une cour de seconds rôles excellents. Parmi les plus marquants, on retiendra Noémie Lvovsky, en femme à tout faire de la Reine, Julie-Marie Parmentier, en servante indiscrète, Xavier Beauvois en Louis XIV qui sait rester digne, ou encore Michel Robin, dans le rôle du vieux bibliothécaire bouleversé par les événements.

À travers cette histoire de fin de règne, « Les adieux à la Reine » propose trois portraits de femmes qui prennent la forme d’un triangle amoureux : la lectrice, la Reine et sa favorite. Cette servante dont on ne sait rien, en premier lieu, qui semble vivre sa vie par procuration, toute fascinée et obsédée qu’elle est pour la reine. Elle n’existe qu’à travers elle et comme elle le dira à la fin du film, « bientôt je ne serai plus rien ». Léa Seydoux lui prête sa jeunesse et sa naïveté, femme de l’ombre souvent antipathique à force d’obsession pour son idole.

Marie-Antoinette (Diane Kruger), que l’on voit à chaque fois à travers les yeux de Sidonie, apparaît elle comme une reine cyclothymique qui peut se montrer aussi bien compatissante et amicale envers sa lectrice et son entourage que condescendante et tyrannique. Malgré les humiliations qu’elle lui fait subir, Sidonie conservera pour elle un dévouement (voire une dévotion) total, un amour inconditionnel et unilatéral. La Reine, en effet, ne la voit souvent pas, comme dans une scène où Sidonie se tient en retrait ou derrière elle la nuit où elle prépare son départ pour Metz.

Elle n’a d’yeux que pour la duchesse de Polignac (Virginie Ledoyen), sa favorite imbuvable qu’elle aime plus que tout, et qui n’hésitera pas une seconde à l’abandonner à son sort, préférant fuir en Suisse que de rester auprès d’elle alors que les têtes s’apprêtent à tomber. Un amour pour lequel Sidonie acceptera au final de se sacrifier lors d’une ultime humiliation, car elle ne peut « rien refuser » à la reine.

« Les adieux à la Reine » est un drame brillant et moderne sur la fin d’une époque, où se mêlent tension, passion et érotisme, et qui n’épargne rien aux femmes qui en sont les héroïnes. Merci à Benoît Jacquot de m’avoir réconcilié avec Marie-Antoinette au cinéma. Là où Sophia Coppola m’avait laissé complètement dubitatif devant sa version anachronique et esthétisante de la Reine au destin tragique, le réalisateur de « La fille seule » livre un film beaucoup plus intéressant et captivant de bout en bout, où il démontre une fois encore son talent pour le portrait de femmes.


Mission Impossible : Protocole Fantôme, un divertissement de haute volée

20 décembre 2011 Laisser un commentaire

Les 4 fantastiques

Après s’être fait plutôt discret sur les écrans – la dernière fois c’était dans « Night and Day » et c’était pas top – Tom Cruise revient camper l’agent Ethan Hunt dans le quatrième volet de la saga Mission Impossible. Et il n’a rien perdu de sa forme ! Dans ce nouvel opus, il nous fait voyager avec lui à Budapest, Moscou, Dubaï ou encore Mumbai et nous offre une bonne grosse dose d’adrénaline. MI :4, c’est un cocktail très divertissant d’action, de suspense et d’humour. En trois mots, un blockbuster réussi.

A la réalisation, après Brian De Palma, John Woo et J.J. Abrams, c’est Brad Bird, le réalisateur des « Indestructibles » et de « Ratatouille » (deux classiques de chez Pixar) que l’acteur-producteur a choisi de mettre derrière la caméra. Un choix qui s’avère judicieux avec un passage de l’animation à la prise de vue réelle convainquant, dont on sent surtout l’influence dans le générique qui joue habilement avec une mèche enflammée et le thème musical de la série. Brad Bird a su reprendre les codes de la saga et le côté survitaminé apporté par son prédecesseur J.J. Abrams, également producteur de ce nouvel épisode. Il y instille aussi plus d’humour –  merci Simon Pegg ! – et des clins d’œil bienvenus : le saut de Jeremy Renner dans une turbine en marche n’est pas sans rappeler celui de Tom Cruise suspendu à un fil 15 ans plus tôt…

Comme beaucoup, je n’apprécie pas pour des raisons évidentes Mr Cruise à la ville. Mais à l’écran, on ne peut pas nier qu’il dispose toujours de beaucoup de charisme. Son côté super héros indestructible à la psychologie peu approfondie n’a bien sûr rien de crédible et peut finir par agacer – avec tout ce qu’il se prend dans la gueule, un type normal serait tombé dans le coma en moins de deux. Néanmoins on ne peut pas nier qu’il le fait très bien et avec une classe certaine. Ayant lui-même réalisé la plupart de ses cascades, l’action hero de 50 ans a certes vieilli, mais il s’est investi à fond et nous offre des séquences rythmées et impressionnantes. À commencer par celle de l’évasion réalisée avec brio au début du film. La scène scotchante (dans tous les sens du terme) où il escalade un gratte-ciel à plusieurs centaines de mètre de hauteur en étant le meilleur exemple. Principal intérêt de ce genre de film, ces morceaux de bravoure s’enchaînent sans temps mort pour le plus grand bonheur des spectateurs avides de grand spectacle.

Vertigo

Une autre réussite de ce quatrième volet tient dans sa nouvelle équipe, avec le toujours drôle Simon Pegg (qui découvre le terrain), et des petits nouveaux : la très belle Paula Patton et Jeremy Renner dont on comprend vite qu’il cache quelque chose. Désavoué par son gouvernement ayant déclenché le fameux « Protocole Fantôme », car il se retrouve accusé à tort d’avoir fait sauter le Kremlin (rien que ça !), Ethan Hunt et sa team ne peuvent plus compter que sur eux-mêmes et des ressources très limitées pour déjouer un complot nucléaire – une intrigue de guerre froide bis pas très originale, il faut bien l’admettre. Mais quand pour couronner le tout la technologie se met à lâcher notre fine équipe avec des gros bugs récurrents, le suspense et l’humour se combinent très bien.

Le back-up

Là où le bât blesse, c’est notamment du côté des « méchants ». Notre Léa Seydoux nationale s’en sort honorablement en femme fatale : son (petit) rôle de tueuse à gages ultra froide lui sied plutôt bien, mais elle doit enchaîner tout au plus trois répliques. En revanche, le cerveau de l’attaque terroriste qui sert de toile de fond à l’histoire est surement le pire bad guy de l’histoire des films d’espionnage. Interprété par Michael Nyqvist (le super Blomkvist de l’adaptation suédoise de Millénium), il est d’une platitude absolue. Sans parler de sa quasi absence de dialogue et de début d’explication sur ses motivations. Quant aux quelques « séquences émotions » qui auraient pu apporter un petit plus au film, je les ai trouvées particulièrement ratées (le flashback avec le meurtre du Sawyer de Lost avec sa copine éplorée par exemple). En tout cas elles ne m’ont pas touché…

Femme fatale

Malgré ces quelques réserves, je ne boude pas mon plaisir. Mission Impossible : Protocole Fantôme est le blockbuster de cette fin d’année. Un pur divertissement de haute volée qui nous laisse scotchés à notre siège : du grand spectacle ! Visuellement ébouriffante et inventive, cette mission est probablement l’une des meilleures parmi les quatre que compte la saga.