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Archive for octobre 2013

Critique express : « C’est la fin » de Seth Rogen et Evan Goldberg

24 octobre 2013 1 commentaire

En 2007, Evan Goldberg réalisait un petit court métrage avec ses potes Seth Rogen et Jay Baruchel intitulé Jay and Seth vs the Apocalypse, dans lequel les deux acteurs devisaient barricadés dans leur appartement alors que le monde arrive à sa fin.

 

Six ans plus tard, on prend les même et on recommence. En version longue. Rogen accompagne cette fois-ci Goldberg derrière la caméra, tout en restant devant avec Baruchel, pour un pitch qui n’a pas trop changé. Invités à une grosse soirée dans la nouvelle villa du comédien James Franco, Jay, Seth, Jonah Hill et autres habitués de la bande de Judd Apatow (entre autres guest stars comme Rihanna) voient leur fête tourner au cauchemar alors que se déclenche l’apocalypse sur les hauteurs d’Hollywood.

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L’occasion pour ces acteurs (qui interprètent tous leur propre rôle) de donner joyeusement dans l’autodérision, et de se faire plaisir en se payant un film de bande joyeusement foutraque et complètement bordélique, qui mixe comédie et film catastrophe plus ou moins habilement. Hollywood en prend (un peu) pour son grade et c’est suffisamment rare pour être salué.

Mais s’il est agréable de voir ces « stars » de se moquer d’eux-mêmes et jouer avec leur image – mention spéciale au « gentil » Michael Cera, star de SuperGrave et Juno, en cocaïnomane libidineux, et à Channing Tatum dans un emploi qu’on n’aurait jamais imaginé – on peut néanmoins regretter le fait que le film finisse par virer à la private joke. On sourit de temps en temps, mais il faut bien avouer que les survivors que l’on suit pendant 1h45 s’amusent parfois entre eux plus que nous devant l’écran, et que faute de scénario solide, la blague finit par tourner à vide dès la seconde moitié du long métrage.

Hormis ces quelques défauts et les effets visuels globablement assez hideux, la bonne humeur ambiante et quelques séquences jouant sur la bromance entre les deux héros rendent néanmoins cette aventure sympathique et on passe un bon moment. Un bon plan pour une séance télé dans son canapé.

Critique : « Gravity » d’Alfonso Cuaron

19 octobre 2013 3 commentaires

Image« Dans l’espace, personne ne vous entendra crier ». La punchline d’Alien de Ridley Scott aura également pu être apposée à l’affiche de Gravity, la nouvelle bombe du décidément très doué Alfonso Cuaron. Quelques années après s’être frotté au film d’anticipation avec l’excellent Les fils de l’homme, le metteur en scène mexicain nous offre tout simplement avec son dernier opus l’un des meilleurs longs métrages sur l’espace jamais réalisés. Pas étonnant qu’il fasse se déplacer les foules depuis sa sortie américaine il y a quelques semaines.

Le pitch tient en deux lignes : après un accident survenu lors d’une intervention sur un satellite, Ryan Stone (Sandra Bullock) une scientifique dont c’est le premier voyage dans l’espace et Matt Kowalski (George Clooney), un astronaute chevronné, se retrouvent seuls et livrés à eux-même dans l’univers. S’ensuit une heure trente de lutte contre la montre pour s’en sortir alors que toute communication avec Houston a été rompue. Pas facile quand on se retrouve entièrement démuni, à la dérive, à valser en apesanteur juste au dessus de notre belle planète bleue.

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Dans Gravity, le tour de force opéré par Alfonso Cuaron est avant tout visuel. On n’a simplement jamais vu ça au cinéma (vous pouvez d’ores et déjà mettre Appolo 13 aux oubliettes). La production du film aura duré en tout et pour tout 4 ans, et on comprend pourquoi, tant la 3D et les effets visuels ébouriffants contribuent à nous plonger au coeur de ce survival d’un nouveau genre. Ce cadre exceptionnel qu’est l’espace permet au réalisateur de nous offrir de longs plans séquences où la caméra virevolte autour de ses astronautes, eux-mêmes en train de tourner dans tous les sens alors que les débris fusent. L’apesanteur est filmée à la perfection et l’immersion est si totale qu’on a vraiment l’impression d’y être : les images de notre planète vue d’en haut sont simplement d’une beauté à couper le souffle.

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Dans le rôle principal, Sandra Bullock (qui revient en force depuis quelques mois) est convaincante en femme prête à tout pour s’en sortir, même si on regrettera un excès de sentimentalisme typique des grosses productions qui nous fait revivre son histoire personnelle dont finalement on se fout pas mal. Sa performance n’en reste pas moins à souligner, il faut dire qu’il n’est pas évident de faire passer des émotions dans l’espace étroit de son scaphandre, et que la valse chorégraphique à laquelle elle a dû se plier pendant des heures était probablement loin d’être évidente. Le résultat à l’image n’en est que plus crédible.

Heureusement que les blagues de George Clooney détendent un peu l’atmosphère pendant la première partie du film, car les épreuves qui attendent l’héroïne vont être terriblement angoissantes. Au coeur de cette histoire, c’est cette incroyable aventure au milieu de l’infini qui vous fera vibrer. Et rien ne sera épargné à cette héroïne en combinaison, dont la vie tient à maint et maint reprise à un fil ténu (au sens propre comme au figuré).

Impossible d’en dire plus sans trop en dévoiler, mais une chose est sure, si elle s’en sort, le docteur Stone aura « a hell of a story to tell ». Préparez-vous à vous rongez les ongles d’angoisse pendant ce baptême de l’espace ô combien éprouvant. Un spectacle terriblement oppressant, absolument hallucinant et époustouflant vous attend.

On en redemande !

Critique : « Blue Jasmine » de Woody Allen

9 octobre 2013 2 commentaires

SONY-JUOS-01_Onesheet_Layout 1On l’a lu un peu partout : Woody Allen, après une série de comédies plus ou moins anecdotiques tournées en Europe, est de retour aux Etats-Unis et y revient en très grande forme. Et on ne peut qu’acquiescer. Avec « Blue Jasmine », il signe selon moi son meilleur opus depuis l’excellent « Match Point » (sur ce point les avis divergent), avec qui le film a en commun une certaine noirceur. Quitte à l’ériger au rang des classiques du maître new-yorkais ? Pas forcément, néanmoins sa dernière livraison recèle de suffisamment de qualité pour figurer au classement des meilleurs films de l’année, à commencer par l’interprétation irréprochable de son actrice principale, Cate Blanchett.

« Blue Jasmine » est une comédie grinçante et cruelle sur le destin d’une femme tombée de très haut qui tente tant bien que mal de recoller les morceaux de sa vie brisée et de repartir de zéro. Au début du film, Jasmine (de son vrai prénom Jeanette, c’est quand même moins classe), arrive de New York pour s’installer à San Francisco, après que son mari, un homme d’affaire ayant escroqué nombre de grosses fortunes – mais aussi sa propre famille – a été mis sous les barreaux. Un destin fortement inspiré de l’affaire Madoff, donc. Et l’histoire d’une déchéance que nous fait vivre avec un grand talent Cate Blanchett.

Dès son arrivée à l’aéroport de San Francisco, après avoir saoulé sa voisine pendant tout le temps du vol, Jasmine agace, parle sans arrêt, crache ses angoisses à la face de qui veut l’entendre. Elle vient squatter chez sa soeur Ginger (Sally Hawkins), qu’elle a toujours soigneusement évité avant de tout perdre, et commence à vivre un choc des cultures particulièrement violent et certes pas toujours très subtil dans l’opposition entre la grande bourgeoise et les « prolétaires » que fréquente sa soeur. Abrutie par les cocktails Martini – Xanax qu’elle s’enfile à longueur de journée, cette grande bourgeoise déchue prend alors en pleine face la mesure de sa dégringolade sociale.

Le récit étant construit autour d’une série de flashbacks, on découvre progressivement l’ancienne vie de Jasmine, qui rend d’autant plus cinglante sa chute à mesure qu’on la voit ramer pour essayer de se remettre sur pied. Même si elle nous fait beaucoup rire au départ par ses excès et ses nombreux défauts, antipathique et condescendante au possible, Allen parvient à nous la rendre attachante sans se défaire de son regard mordant sur cette femme qui finira prête à mentir comme son défunt mari (Alec Baldwin) pour le remplacer par un nouveau beau parti.

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Constamment sur le fil, au bord du craquage complet, c’est l’interprétation de l’actrice australienne qu’on retiendra de ce très beau portrait de femme au bord de la crise de nerfs. Un spectacle drôle, cruel, pathétique et fascinant à la fois.