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Critique : « Bye Bye Blondie » de Virginie Despentes

Un peu plus de dix ans après « Baise-moi », Virginie Despentes revient avec un nouveau film adapté d’un ses livres : « Bye Bye Blondie », une love story saphique un peu punk et bien moins sulfureuse et trash que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Le pitch ? Dans les années 80, Gloria, punkette incomprise par ses parents, fait la rencontre de Frances, jeune bourgeoise rebelle, dans un hôpital psychiatrique. Les deux adolescentes tombent amoureuses, vivent leur amour comme elles l’entendent le temps de leur séjour, avant que la vie ne se charge de les séparer. Vingt ans plus tard, Frances, devenue animatrice de télé célèbre, revient chercher Gloria, qui a suivi un tout autre chemin. Une romance hétérosexuelle dans le roman éponyme (Frances s’appelait Éric), que Despentes, lesbienne depuis ses 35 ans, a transposé en une histoire d’amour entre deux femmes après que Béatrice Dalle, qui interprète Gloria, lui en a soumit l’idée.

Mais, chose rare et à saluer, l’orientation sexuelle des deux héroïnes n’est pas ici centrale dans l’intrigue, puisque c’est avant tout une histoire d’amour tout court que Virginie Despentes raconte. Construit sur une série de flashbacks censés nous faire comprendre comment le passé et le présent s’imbriquent dans leur histoire, le film débute par les retrouvailles entre ces deux femmes que désormais tout oppose. Et Despentes ne nous épargne aucun cliché. Gloria, devenue rmiste, balance par la fenêtre tout un tas d’affaires après avoir quitté son mec, et rejoint un squat où ses amis regardent et commentent l’émission de télé littéraire de Frances Muir, la nouvelle star du PAF. Elle est donc forcément trop « belle » et « intelligente ». Pas au goût de Gloria qui prend plaisir à la dénigrer, et là, comme par enchantement, la star de la télé apparaît en vrai devant elle et ses amis. Eh oui, de passage à Nancy, elle a décidé de faire un coucou à son ancien amour SDF qu’elle n’a pas vu depuis des années, pour lui proposer de venir en vacances quinze jours avec elle tous frais payés. Imaginez la surprise des potes de Gloria…

Ça commence donc très mal avec une réalisation digne d’un téléfilm pour France 3. Ce qui est gênant également, c’est que Béatrice Dalle et Emmanuelle Béart ont bien du mal à nous faire croire à leur passion et leur amour inconditionnel. Heureusement, ce n’est pas le cas des deux actrices qui les incarnent adolescentes : la chanteuse Soko interprète avec beaucoup de justesse la jeune Gloria, écorché vive et habitée par cet esprit punk qui fait défaut à la partie années 2000. Clara Ponsot, vue récemment en Lolita dans « les Infidèles », est également impeccable dans le rôle de Frances adolescente, une petite butch grande gueule, tiraillée entre son milieu bourgeois et le chemin qu’il lui impose, et sa fascination pour le côté libre et punk de son amante. À travers la plupart des flashbacks, ces deux là expriment beaucoup mieux la passion entre leurs personnages que leurs aînées, et cet esprit de révolte que le film revendique.

photo de Clara Ponsot et Soko s'embrassant

Clara Ponsot & Soko

En ce qui concerne les scènes contemporaines, le choc des cultures attendu entre Gloria, la marginale avinée et le microcosme médiatico-littéraire parisien, qui rappelle l’histoire personnelle de Despentes, est aussi assez décevant. On sourit parfois quand elle se frite avec le mari de Frances (Pascal Greggory) avec qui elle doit cohabiter (à l’étage du dessus), écrivain gay en panne d’inspiration qu’elle a épousé tant pour les convenances pour que donner un coup de pouce à sa carrière. Mais, c’est encore une fois souvent le côté cliché qui ressort de la plupart des scènes : l’animatrice a forcément un chauffeur qui conduit une jaguar, le monde des médias dans lequel elle évolue est forcément un « univers impitoyable » où l’hypocrisie règne, etc. Et quand Frances laisse enfin Gloria l’accompagner dans une soirée mondaine, cette marginale ne peut bien sûr pas s’empêcher de faire un scandale – sorti de nulle part mais qu’il fallait bien qu’elle fasse pour souligner cette opposition entre deux univers que tout oppose.

Avec le temps, tout fout le camp

Là où le film et ses deux interprètes convainquent plus, c’est lorsqu’elles rompent à nouveau dans une boîte lesbienne où un groupe reprend « Avec le temps » de Léo Ferré. Une chanson et des paroles qui correspondent bien à leur histoire d’amour qu’à ce que le temps a fait de ces deux femmes. Il est loin le temps de « Manon des sources » et de « 37°2 le matin » : sex symbols des années 80, Béart et Dalle ont vu se faner leur beauté. Elles sont donc bien choisies pour jouer ces personnages marqués par la vie à qui il ne reste aujourd’hui plus que cet amour indéfectible. Car même si tout les oppose, Virginie Despentes offre à ses héroïnes un happy end improbable auquel on a tout de même envie de croire.

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