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Critique : « Tom à la ferme » de Xavier Dolan

24 avril 2014 Laisser un commentaire

ImageAprès trois variations sur le thème de l’amour impossible, J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires et Laurence Anyways, le (très) jeune réalisateur québécois Xavier Dolan, 25 ans, change de style et de registre avec Tom à la ferme, un thriller à la Hitchcock adapté d’une pièce de théâtre de son compatriote Michel Marc Bouchard. Devant et derrière la caméra, à l’instar de ses deux premiers opus, il incarne dans ce film un publicitaire de Montréal qui se rend dans la famille de son compagnon défunt pour ses funérailles. 

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Son quatrième film s’ouvre par un texte adressé à Guillaume, l’homme qu’il vient de perdre, que Tom écrit sur un papier sopalain et qui s’achève par ces mots : « Maintenant, tout ce qui nous reste à faire, c’est te remplacer ». Une phrase qui s’avère révélatrice de ce qui attend ce jeune citadin en visite à la campagne. En arrivant à la ferme, vide, Tom fait connaissance avec Agathe, la mère de Guillaume, qui ignore qui il est et tout de la relation qu’il entretenait avec son fils. Ce qui n’est pas le cas de Francis, le frère aîné, brute épaisse qui va malmener Tom et le pousser à se substituer à son frère pour calmer la douleur de sa mère, tout en lui interdisant de lui révéler la vérité sur qui il est vraiment.

Mêlé de force à cette mascarade dans laquelle il doit jouer à l’hétéro en racontant à la mère les pseudo frasques de son fils avec une ex délurée, son héros va être confronté tour à tour à toutes sortes de sentiments contradictoires vis à vis de son persécuteur : peur, fascination, attraction-répulsion (synthétisés dans une excellente scène de tango). Pas si innocent que ça, et touché par le syndrome de Stockholm, Tom risque bien de se prendre à ce jeu malsain, à ses risques et périls puisque le personnage de Francis, formidablement interprété par Pierre-Yves Cardinal, semble avoir toutes les caractéristiques du psychopathe.

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Ici, exit les tics des débuts : plans bariolés et pop, multiples ralentis et exubérances. Dolan adopte une mise en scène plus sobre et maîtrisée, et un style virtuose qui rend de multiples hommages à Hitchcock. Une influence revendiquée très clairement à travers la musique qui rappelle celle de Bernard Hermann, une séquence derrière un rideau de douche en clin d’oeil à Psychose, ou encore une course poursuite derrière un champ de maïs évoquant La mort aux trousses. Très efficace pour faire monter le suspense et entretenir une tension permanente, avec un jeu sur l’espace permanent venant renforcer le sentiment de claustrophobie du personnage principal qui se retrouve littéralement pris au piège, Tom à la ferme s’aventure aussi sur le terrain de la psychologie en auscultant assez finement les thèmes du deuil, du mensonge, de l’amour et de la folie.

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Devant cette incontestable maîtrise, pas étonnant que le jeune prodige du cinéma canadien vienne d’obtenir la consécration qu’il attendait tant avec une sélection officielle au prochain Festival de Cannes pour son prochain film, Mommy. Un festival dans lequel il avait déjà d’ailleurs reçu la Queer Palm pour l’excellent Laurence Anyways.

 

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