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Polisse, le film français de l’année

Polisse, avec deux s, pour ne pas le confondre avec le Police de Pialat, c’est le titre du dernier film de Maïwenn. Elle nous offre ici un grand film sur la police, et un grand film tout court. Maïwenn nous plonge dans l’univers de la BRP (la brigade de protection des mineurs) de Belleville, en interprétant une photographe qui se voit confier la mission de réaliser un reportage sur les femmes et les hommes qui travaillent au quotidien, dans des conditions difficiles, au service de la protection de l’enfance.

Dès la première scène, l’interrogatoire d’une fillette qui raconte que son père « lui gratte les fesses », on est saisi par le réalisme et la crudité des situations qui vont défiler. Porté par le jeu des acteurs, tous excellents, le force de Polisse tient dans le fait qu’on oublie vite qu’il s’agit d’une fiction, tant on se croirait dans un documentaire. Il faut dire que Maïwenn a précisément eu l’idée de faire ce film après avoir visionné un documentaire sur une BRP de Paris, et que son scénario, co-écrit par Emmanuelle Bercot qui joue également une des flics dans le film, s’inspire de faits réels : inceste, attouchements, enlèvement d’enfant, bébé mort né d’un viol sur mineure… mais on y voit aussi l’absence de moyens financiers et humains de cette brigade, le mépris de leurs collègues des stups ou de la crim vis-à-vis d’eux, et des scènes de la vie privée de chacun, qui participent toutes au réalisme du film.

Maïwenn parvient pourtant à éviter de rendre son sujet trop pesant en filmant également les moments de détente et de décompression, mais aussi les tensions entre les membres de cette brigade, qui tentent tant bien que mal de mener une vie « normale » en étant confrontés chaque jour au pire de la nature humaine. Par l’intermédiaire de son personnage, elle prend du recul avec son sujet, se posant la question de savoir si elle fait du misérabilisme. Dans une scène très forte, Joey Starr s’en prend effectivement violemment à son personnage à qui il reproche de ne s’attacher qu’à photographier les drames, les moments de cris et de larmes…  Mais l’humour est aussi très présent et vient frapper quand on ne s’y attend pas. Il permet au film de ne pas sombrer dans une ambiance trop pesante et contrebalance tous les drames que l’on voit défiler dans le commissariat. Seule réserve, sur l’utilité de la romance entre Maïwenn et le personnage de Joey Starr, qui n’apporte pas vraiment d’intérêt au film.

La justesse du jeu des acteurs et des dialogues est tout simplement bluffante. Impossible de les citer tous, mais on retiendra l’interprétation de Joey Starr, impressionnant en flic indigné, rongé par les drames personnels auxquels il assiste; celle de Marina Foïs, sèche tant dans son attitude que dans son corps qu’elle maltraite; de Karin Viard face à son divorce; ou encore de Sandrine Kiberlain, qui fait passer dans une ou deux scènes très courtes toute l’horreur et la détresse d’une mère confrontée à une situation des plus difficiles.

Polisse est un film vivant, parfois dérangeant, qui touche le spectateur en plein coeur, par son énergie, sa justesse, et son rythme. A voir, vraiment !

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